L'égyptien que fut Moïse

L'égyptien que fut Moïse

(Par le frère Robert MINGAM)

 

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Vénérable Maître et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos Degrés et Qualités.

 

C’est à partir d’un article paru en 1978 dans un journal égyptien que j’ai commencé à mettre en  doute la version officielle de l’exode des Hébreux et de l’existence de Moïse à l’époque de Ramsès II. En effet, c’est cette année-là qu’un certain nombre de roues de chars couvertes de corail datant du Nouvel Empire furent retrouvés par une équipe de plongeurs dans le golfe d’Aqaba laissant supposer qu’à cette époque, on pouvait passer à pied sec à cet endroit, et qu’il s’était passé un événement inattendu ayant causé l’immersion d’un grand nombre de chars égyptiens. Ce qui a surtout attiré mon attention, c’est que ces roues possédaient 4 et 8 rayons et que, « les scènes gravées dans les temples du Nouvel Empire l’attestent »,  les roues à 4 rayons n’ont été utilisées qu’à l’aube de la 18e dynastie, sur le modèle des chars utilisés par les Hyksos, et qu’ils ont été remplacées sous la 19e dynastie (celle de Ramsès II ) par des roues à 6 rayons. D’autre part, les chars comportant des roues à 8 rayons n’ont été utilisés que sous le règne de Thoutmosis III, le successeur de la reine Hatshepsout. D’où ma remise en question de l’époque de l’Exode à son époque.

Que dit la Bible sur la date de l’Exode ? Celui-ci aurait eu lieu quatre cent  quatre-vingt  années avant que les enfants d'Israël ne commencent à bâtir le temple de Salomon, (soit, le deuxième mois de la quatrième année du règne de Salomon soit 967 avant J.-C.). Donc, 967 plus 480, nous trouvons que l’Exode aurait eu lieu en 1447 avant notre ère, c’est-à-dire au cours de la 18e dynastie pharaonique égyptienne. Concernant Moïse, nous savons qu’il aurait été exilé dans le Sinaï à l’âge de 40 ans, et qu’il serait revenu en Egypte 40 ans plus tard pour conduire le peuple Hébreu vers sa Terre Promise. Il aurait donc été âgé de 80 ans, et l’année de sa naissance aurait été en 1527 avant notre ère (soit 1447 plus 80 ans). Bien sûr faut-il considérer que les dates avancées par la Bible ne soient pas que du domaine symbolique.

Côté égyptien, nous savons que ceux-ci n’utilisaient pas les mêmes références en matière de calendrier. Contrairement à nous qui datons les années à partir de la naissance présumée de Jésus Christ, les égyptiens se rapportaient toujours à la première année du règne du roi en titre. Seuls les grands évènements étaient signalés par rapport au positionnement des étoiles et des constellations. C’est pourquoi l’astronomie permet de situer très exactement dans le temps, certaines grandes dates de l’histoire égyptienne, grâce au phénomène bien connu de précession des équinoxes.

Il se trouve donc qu’un papyrus médical (le papyrus Eber) auquel un calendrier est ajouté datant du 9e jour du 11e mois de l’année 9 du roi Aménophis 1er, jour où se présentait l’étoile de Sothis dans le ciel de Thèbes, c’est-à-dire en l’an 1518 avant J.-C., nous permet une conversion satisfaisante en fonction de la position des étoiles. Ce document est capital puisque basé sur une évidence astronomique solide. Il nous permet de placer le règne de ce roi à l’endroit où il doit être dans l’échelle du temps, par rapport à la chronologie que nous utilisons.

C’est ainsi qu’en analysant les documents de son époque, nous pouvons attester qu’Aménophis 1er, second roi de la 18e dynastie, a régné durant 21 ans entre 1526 et 1505 avant notre ère. C’est donc par calcul chronologique et comparaison astronomique que nous pouvons attester de la naissance de Moïse en l’an 2 de son règne.

Bienheureusement, c’est sur cette 18e dynastie et sa lignée continue de souverains qui gouvernait à Thèbes que nous sommes le mieux documentés. De sa Grande épouse, Ahmosé-Méritamon-Ahmasis, Aménophis 1er eut deux enfants ; une fille, Ahmasis (Ahmès Hotep Tari) et un fils qui mourut dans sa petite enfance.

Toujours en se référant à la Bible, le pharaon n’aurait pas eu de fils pour lui succéder mais une fille d’origine royale incontestable.

Tout porte à croire, et les dates concordent, que la princesse qui recueillit Moïse et l’adopta par la suite serait Ahmosé-Méritamon-Ahmasis (Sœur et épouse d’Aménophis 1er). La Bible précise que « la princesse lui donna le nom de Moïse qui signifiait « Sauvé des eaux » et qu’elle envoya chercher sa propre mère afin qu’elle lui servir de nourrice. Moïse fut élevé dans le palais du roi, où les prêtres l’instruisirent dans toutes les sciences des égyptiens ». La Bible précise encore « qu’il devint puissant en œuvre et en parole » ce qui signifie qu’il devint architecte, homme politique influent et conseiller à la cour du roi. En fait, en égyptien, le nom de Moïse ne signifie pas « Sauvé des eaux » mais « Fils d’Isis », Fils de la Veuve, (sa mère étant effectivement veuve) Mose signifiant fils de… et Is…Isis.

Avant de mourir sans descendance mâle, Aménophis 1er nomma à sa succession Thoutmosis 1er, qui n’appartenait pas à la famille royale mais qui était issus de la noblesse. Il était vraisemblablement le fils naturel du roi et d’une femme de harem appelée Seniseneb, ce qui ne lui permettait pas de prétendre à la fonction royale. C'est son mariage avec sa demi-sœur, la princesse Ahmasis (Ahmès Hotep Tari) qui, du vivant de son père, le légitimera sur le trône de Haute et de Basse Egypte.

En 1506 Thoutmosis 1er monta sur le trône de Haute et de Basse Egypte. A cette époque, Moïse avait alors 21 ans. Thoutmosis ne fit qu’une seule campagne en Nubie d’où il revint vainqueur, le corps du roi nubien suspendu à la proue de son navire. La Bible précise que Moïse aurait été Général de l’armée de pharaon et qu’il serait revenu vainqueur de la campagne de Nubie.

De son mariage avec la princesse royale Ahmasis (Ahmès Hotep Tari) Thoutmosis 1er eut une fille, Nefure Hatshepsout et deux garçons, Amenmosou et Ouazimosou, qui moururent très jeune. A la naissance de la jeune princesse, Moïse, es qualité de fils adoptif de la reine Ahmosis était donc son oncle (le frère de sa mère).

Dans les premières inscriptions, lorsqu’elle n’était que princesse royale, et que son père n’était encore que le co-régent du pharaon Aménophis, Hatshepsout était appelée « Nefure ». Elle portera ce nom jusqu’au jour où elle deviendra reine et Grande Epouse royale. Dès la seconde année de son règne, en 1504 avant J.-C. Thoutmosis 1er associa sa fille, alors âgée de 15 ans à l’exercice du pouvoir.

Si Thoutmosis 1er n’eut qu’une fille vivante pour lui succéder, il eut également un fils de sa concubine Moût Nefrit. Au décès de sa Grande Epouse royale, le problème de la succession se posant à nouveau, sous la pression des prêtres et afin d'éviter les troubles qui auraient pu survenir après sa mort, Thoutmosis 1er, en 1494 avant J.-C., abdiqua en faveur de sa fille âgée de 25 ans, et la maria à son fils, donnant à celui-ci la légitimité et le droit d'accéder au trône sous le nom de Thoutmosis II.

C’est ici que l’histoire de Moïse recoupe celle de Senenmout, le général qui revint victorieux de Nubie, l’architecte de Deir el Bahari, l’homme politique influent, conseillé à la cour et précepteur de Neferourê, la fille de la reine Hatshepsout.

« Senenmout » serait donc le nom égyptien donné à Moïse quand il vint vivre au palais de Thoutmosis 1er. Ce nom est d’une importance extrême puisqu’il signifie en égyptien ancien « le frère de la mère ». Une écriture de la Bible met en lumière la situation de Moïse : HEB 11 :24. « Par la foi Moïse, refusa d’être appelé le fils de la fille de Pharaon ». Pour cause, adopté par la princesse Ahmosé-Méritamon-Ahmasis (Sœur et épouse d’Aménophis 1er), il était donc le frère d’Ahmasis (Ahmès Hotep Tari), la mère d’Hatshepsout, c’est-à-dire son oncle, et qu’es qualité il était devenu son conseiller intime. C’est pourquoi sur les statues cubes, il est habituellement représenté tenant familièrement la fille de la reine contre sa poitrine, ce qui ne pouvait se concevoir d’un conseiller ordinaire, fut-il précepteur d’une princesse royale.

Pendant près de vingt ans, le Grand Intendant d’Amon, Senenmout, fut l’un des plus  puissants personnages officiels du Nouvel Empire et joua un rôle clef dans les affaires du royaume et lors des premières années de la corégence de Thoutmosis III et d’Hatshepsout.  En raison de ses relations étroites avec la famille royale, il réunit un nombre impressionnant de monuments privé dont plusieurs d’entre-eux sont datés d’avant l’accession d’Hatshepsout à la royauté, et qui fournissent une information sur presque toutes les étapes de sa carrière. En 1492, sous le règne de Thoutmosis II, Senenmout avait fait creuser  un premier tombeau dans la montagne dominant la nécropole de Thèbes dans lequel furent découvertes les sépultures des parents de Senenmout. Sa mère y fut enterrée après avoir été embaumée et avoir reçu les honneurs d’obsèques royales, tandis que le corps de son défunt mari avait été enterré très simplement, plusieurs années auparavant, dans la nécropole de sa ville, et transféré bien plus tard dans ce nouveau tombeau.

Avec son épouse, la reine Hatshepsout, Thoutmosis II n’aura eu que deux filles, Neferourâ et Méritré, et l’entente du couple se sera pervertie lorsque d’une concubine nommée Isis naquit un fils nommé Thoutmosis qui, après 22 années de corégence avec la reine, montera sur le trône de Haute et de Basse Egypte sous le nom de Thoutmosis III.

A cause d'une faible constitution et d'une santé délicate, Thoutmosis II eut un règne de très courte durée. Il mourut entre 25 et 30 ans, en 1490 avant notre ère d’une maladie de peau, après n’avoir exercé le pouvoir que durant 4 années. Thoutmosis II n’ayant pris soin, comme l’avait fait son père, d’unir son fils à l’une de ses filles de sang royal, c’est Hatshepsout qui assura la pérennité de la dynastie en assurant la régence du pays.

Une seconde tombe inachevée, exceptionnellement construite par Senenmout, sous la première cour du Temple d’Hatshepsout lors de son retour d’expédition au pays de Pount atteste de sa filiation avec la reine, car jamais dans l’histoire de l’Egypte, aucun personnage, fut-il issu de la famille royale, si important soit-il, ne fut enterré dans l’ère sacré d’un temple des Millions d’Années dédié à un roi. Seul Senenmout en a eu le privilège. Ses superbes plafonds astronomiques et le nom de son propriétaire ainsi que celui d’Hatshepsout y ont été préservés.  

Moïse/Senenmout n’est pas enterré dans l’un de ses tombeaux. Il semble que ceux-ci n’aient pas été réservés à son corps mais à son esprit et à sa fonction de Maître d’œuvre. A partir de l’année 1487 avant notre ère, tout se gâte pour lui avec la mort de la jeune princesse Néferourê dont il était le précepteur. Certains historiens pensent qu’il tombe en disgrâce, ce qui peut paraître surprenant au vu de sa carrière et de son influence à la cour. Cependant, un rapide calcul fait apparaître que Senenmout est alors âgé de 40 ans, le même âge que la Bible attribue à Moïse lorsqu’il a quitté l’Egypte pour aller vivre dans le désert du Sinaï. La Bible raconte que « le prince Moïse aurait tué un égyptien surpris brutalisant un Hébreux, et que sa punition aurait été le bannissement de la terre d’Egypte ». Cela semble peu vraisemblable à une époque où le roi et ses hauts fonctionnaires avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets. La trop forte influence de Senenmout sur la reine Hatshepsout fragilisée par la mort de sa fille aînée dû représenter un réel danger pour Thoutmosis III qui semble avoir eu connaissance de ses origines Hébraïques (les ennemis héréditaires de l’Egypte soumis à l’esclavage).

Sous le règne de Thoutmosis III, lorsque Moïse, qui rappelons-le, avait  en son temps, été général des armée de pharaon, revint en Egypte pour accompagner ses frères Hébreux jusqu’en Terre Promise, il savait par où passer pour éviter les forces égyptiennes massées sur leurs frontières. Nous connaissons aujourd’hui par quelles pistes caravanières il avait conduit son peuple pour aboutir à l’embouchure de la mer des roseaux (le golfe d’Aquaba), sur la plage de Nuweiba, face à la côte Saoudienne. A cet endroit, des relevé géologiques l’attestent, un haut fond permettait, lorsqu’il y avait de hautes marées de passer à pieds secs. Il y fut retrouvé notamment des restes humains et des cadavres de chevaux fossilisés et minéralisés par le corail. En 1978, sur la plage de Nuweiba se trouvait encore une colonne de style Phénicien dont les inscriptions avaient été érodées, tandis que du côté Saoudien, sur une même colonne les inscriptions étaient restées intactes. Ces inscriptions en lettres phéniciennes (ancien hébreu) contenaient les mots suivants : MITSRAÏM (Egypte), SALOMON, EDOM, MORT, PHARAON, MOÏSE, et le nom divin, indiquant que le roi Salomon avait érigé ces colonnes en souvenir du miracle de la traversée de la Mer Rouge. D’autre part, entre le golfe d’Aqaba et le Mont Sinaï, des dessins et des inscriptions ont été gravés sur des rochers attestant du passage des hébreux. Se situe également l’endroit où eut lieu la célèbre scène du veau d’or que de nombreux artefacs ont aidés à identifier.

Alors, que Moïse (fils de Isis) sauvé des eaux, ait été appelé Senenmout (le frère de la mère), et qu’il ait eu un destin royal ne laisse aucune place au doute, car les chroniqueurs du Nouvel Empire, habituellement si prolixes dans leur fonction de journalisme, n’auraient pas manqué de signaler l’histoire de ce prince d’origine étrangère. Cependant, la vérité, celle qui est généralement admise, n’est que l’intime conviction des hommes parfois éclairés, dont le charisme a su convaincre les foules. Elle colle à l’histoire mais ne fait que l’interpréter. Le pouvoir dont certains se sont emparés, civil ou spirituel, ne repose que sur des interprétations créées par l’homme pour asservir ses semblables. Aussi faut-il acquérir sa propre liberté intellectuelle avant de rechercher dans celle des autres la vérité qui sera la nôtre.

 

J’ai dit.

 

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