La Corde à noeuds

La Corde à Noeuds

LA CORDE A NŒUDS

(Par le frère Robert MINGAM)

 

La corde qui ceinture la Loge est l’un des nombreux symboles qui ornent notre Atelier. Sa signification est différente selon que l’on traite le sujet philosophiquement ou spirituellement. Sur le plan philosophique, « La symbolique des Outils de Jules Boucher, édition Dervy livres» est une approche intéressante permettant une approche très générale des symboles de notre Ordre. Cependant, lorsqu’un Maçon doit travailler sur l’un de ces symboles, il doit bien sûr s’informer de ce que les anciens ont pu dire sur le sujet, mais il doit surtout observer son environnement et s’identifier à son travail. Dans une planche, la compilation n’a aucune valeur, puisqu’un enseignement tiré des livres est accessible à tous. Un travail qui ne reflète pas une identification ou une perception personnelle de l’objet ne fait progresser, ni celui qui en est l’auteur, ni celui qui l’écoute.

Zzzzzzzz

La Corde à 12 nœuds qui ceinture notre atelier est avant tout un outil de bâtisseur. A l’origine, l’écartement entre chacun de ses nœuds correspondait à une coudée royale, et ses nœuds permettaient de mesurer harmoniquement les édifices sacrés. La Corde à 12 nœuds permet en outre de construire le carré long du centre de notre Loge selon la règle établie par le dieu égyptien Thot et mise en théorème par Pythagore, lui-même ayant été initié dans les temples de haute et de Basse Egypte.

Eeeeeeee

Le triangle de Pythagore et sa démonstration constituent notamment une partie du bijou du Vénérable d’honneur.

Cette méthode simple et archaïque utilisée par toutes les corporations de bâtisseurs depuis la plus haute antiquité se base sur les proportions 3 + 4 + 5, c'est-à-dire sur le triangle rectangle de base 3, de longueur 4 et d’hypoténuse 5. Le tracé symbolique du centre de la Loge, se fait ainsi par deux triangles opposés. L’espace ainsi défini est alors considéré comme sacré car ses proportions sont harmoniques. La signification de cet espace est alors « La Terre dans l’Univers » puisque l’on peut y symboliser sur un plan microcosmique, numériquement et visuellement la place de notre planète dans l’Univers environnant.

Nous entrons là dans le symbolisme du pavé Mosaïque, et ce n’est pas notre propos.

Rrrrrrrrrrrrrr

Plus prosaïquement, la Corde à 12 nœuds peut également représenter les 12 heures de travail du Maçon. Ne travaillons nous pas de Midi à Minuit ?

Autre constatation, au Rite Ecossais Ancien Accepté, nous comptons 12 officiers. A vrai dire je préfère dite 12 officiants. Il y a les 3 qui la dirige (Vénérable Maître, Premier et Second Surveillant), les Cinq qui l’éclairent (s’ajoutent l’Orateur et le Secrétaire), et les sept qui la rendent juste et parfaite (avec l’Expert et le Maître des Cérémonies). Ce à quoi s’ajoutent, le Trésorier, l’Hospitalier, le Couvreur, le Premier et le Second Expert.

Les nœuds qui composent cette corde ne sont pas des nœuds ordinaires. En forme de huit couché, ils figurent l’infini. Infini veux dire non fini, c’est peut être pourquoi ils peuvent représenter l’homme en perpétuelle évolution. Ce symbole se retrouve d’ailleurs dans la Chaîne d’Union où chacun se doit de croiser le bras droit sur le bras gauche, formant ainsi ce que les Maçons appellent un Lac d’Amour.

Ttttttttttttttt

Pourquoi appeler ce symbole corporel le « lac d’Amour » sinon parce qu’il permet effectivement d’échanger un sentiment. Il faut pour comprendre ce symbole se rappeler que nous devons avant de pénétrer dans la Loge, laisser nos métaux à la porte du temple. Il faut faire le vide intérieur pour nous rendre plus à même de recevoir des émotions. Le rituel d’ouverture nous permet justement, comme son nom l’indique, de nous ouvrir à la connaissance de ce qui va suivre. Le cœur de nos tenues, entre l’ouverture et la fermeture de nos travaux est source d’enrichissement. C'est-à-dire qu’il est censé nous faire vibrer sur un plan énergétique. Le partage dans la chaîne d’union de ces vibrations entre ceux qui n’ont pas toujours été éclairé par les sujets traités et ceux qui en ont bénéficié, fait que, comme des piles en série qui équilibrent leur puissance, nous équilibrons l’énergie collective, nous mettant ainsi sur la même longueur d’onde. C’est ce phénomène qui engendre ce sentiment d’Amour fraternel, et c’est pourquoi la chaîne d’union est un aboutissement nécessaire à nos réunions. D’où l’appellation de Lacs d’Amour, ou entrelacement créant l’Amour.

Yyyyyyyyyyyy

Cette chaîne se compose bien entendu des 12 officiants, qui encadrent tous les participants reliés entre eux. Cependant, il convient de se rappeler que c’est la main gauche qui reçoit, tandis que c’est la main droite qui donne. C’est aussi pourquoi nous croisons les bras, afin de faire circuler notre énergie dans le sens dextrogyre. C’est dans ce sens que nous nous déplaçons en Loge, sens qui correspond aussi à l’esprit qui anime notre spiritualité.

 

La Corde à Nœuds qui ceinture la Loge est ouverte sur les colonnes Jakin et Boaz. Partant de la colonne située à l’entrée du côté nord, elle rejoint la colonne située à l’entrée du côté Sud. A ses extrémités les fils qui composent cette corde forment une Houppe, pouvant symboliser des mains ouvertes sur l’extérieur. La gauche reçoit, c'est-à-dire qu’elle s’ouvre pour recevoir les participants symbolisés par chaque fil composant la corde. Ces fils assemblés sont noués entre eux par les Lacs d’Amour symbolisant les 12 officiants. Enfin la droite donne, c'est-à-dire que les travaux étant achevés, la chaine s’ouvre vers l’extérieur pour porter au dehors les bienfaits reçus au cours de nos cérémonies. Dénoués, ces fils peuvent alors symboliser les participants retournant dans le monde profane.

 

J'ai dit

 

LA CORDE A NŒUDS ou HOUPPE DENTELEE (Selon Jules BOUCHER, La symbolique maçonnique)

On donne le nom de Houppe dentelée à la corde à nœuds qui entoure le tableau d’apprenti. Cette expression parait impropre, mais elle est néanmoins consacrée à l’usage. Il s’agit d’une corde formant des nœuds appelés lacs d’Amour et terminée par une Houppe à chaque extrémité.

Vuillaume fait sept nœuds à la Houppe dentelée du grade d'Apprenti et neuf à celle de Compagnon. Plantagenet en fait également sept à celle du grade d'Apprenti, mais ne précise pas le nombre de nœuds relatifs au grade de Compagnon. Wirth ne donne que trois nœuds aux deux grades. Ragon n'en indique pas le nombre.

Si le nombre de nœuds de la Houppe dentelée diffère selon les auteurs, les définitions qu'ils en donnent restent sensiblement les mêmes :

Pour Ragon : « Ces nœuds entrelacés qui, sans s'interrompre, forment la Houppe dentelée de nos Temples, sont l'image de l'union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble, tous les Maçons du Globe, sans distinction de sexes ni de conditions. Son entrelacement symbolise aussi le secret qui doit entourer nos mystères. Son étendue circulaire et sans discontinuité indique que l'empire de la Maçonnerie, ou le règne de la vertu, comprend l'univers dans le symbole de chaque Loge. La Houppe dentelée, dit-il encore, rappelle les bandes jaunes, vertes, bleues et blanches des temples égyptiens, et les bandes blanches, rouges et bleues des anciennes églises de France, sur lesquelles les seigneurs hauts-justiciers appliquaient leurs armoiries, et qui, dans ces monuments sacrés, destinés à un culte solaire, représentaient le Zodiaque. »

Wirth écrit : « Un lambrequin dentelé forme frise et porte une corde terminée par des houppes qui se rejoignent près des Colonnes J et B.'.. Cet ornement a été improprement appelé Houppe dentelée. La corde se noue en entrelacs, dits lacs d'amour, et représente ainsi la Chaîne d'Union reliant tous les Maçons. Les nœuds peuvent être au nombre de douze pour correspondre aux signes du Zodiaque . »

Pour Plantagenet : « La Houppe dentelée symbolise la Fraternité qui unit tous les Maçons et, à ce titre, elle est une reproduction matérielle et permanente de la « Chaîne d'Union ».

Nous devons citer ici l'intéressant article de W. Nagrodski intitulé : L'Outil méconnu  :

 « Les outils employés par le maçon symbolique correspondent exactement à l'équipement normal d’un compagnon maçon opératif. Ils portent les mêmes noms et un ouvrier quelconque les reconnaîtrait aisément sur les tapis des grades de l’apprenti et du Compagnon... Il serait seulement étonné de constater que le cordeau, outil tout à fait indispensable dans le métier, a reçu dans  la Maçonnerie symbolique le nom de houppe dentelée avec des « lacs d'amour » devant représenter la chaîne d’union reliant, tous les Maçons. Ce symbolisme très touchant du cordeau de Maçon est tiré par les cheveux, en raison du dilettantisme sentimental des Maçons acceptés.

« Ils ne savaient pas que toute construction doit être implantée  sur le terrain avant d’être commencée et que le cordeau joue un grand rôle dans cette opération qui, en elle-même, contient un symbolisme beaucoup plus profond que celui des lacs d’amour qui ne riment techniquement à rien. L’importance de l’implantation d'un édifice devient particulièrement grande quand il s’agit d'un Temple, et, déjà en ancienne Egypte, cette opération avait été exécutée par les tendeurs de cordeau professionnels et accompagnés de rite semblables à notre pose de pierre de fondation ».

L'opinion de Nagrodski est à retenir. Il paraît à peu près certain que les Maçons spéculatifs en transposant un symbole opératif  ont faussé le sens primitif. Nous avons signalé plus haut que les arpenteurs égyptiens se servaient d’une corde à nœuds pour tracer des angles droits ; de même, les nœuds du cordeau étaient des points de repère.

Les premiers Maçons ont donné aux nœuds de la « Houppe dentelée la forme de lacs d'amour. Ce nœud est facile à faire ainsi qu’on peut le voir sur la figure ci-après. Il consiste à faire un anneau (femelle) et à y introduire l’extrémité (mâle) de la corde ».

Schématiquement ce symbole figure la lemniscate courbe en forme de huit couché qui représente l'infini en mathématique ; le sens du courant revient après une double inversion à son sens primitif et la figure centrale du lacs fait une double croix. Ce nœud n'a certainement pas été choisi arbitrairement parmi toutes les formes possibles de nœuds.

Qqqqqqqqqqqqqq

Papus et Wirth voient dans la coiffure du Bateleur, première lame du Tarot, le signe de l'Infini. Wirth écrit : « II est permis de rapprocher ce nimbe horizontal à la sphère vivante que constituent les émanations actives de la pensée. Nous portons autour de nous notre ciel mental, domaine où le soleil de la raison parcourt son écliptique retenu dans les étroites limites de ce qui nous est accessible. »

Papus appelle le signe 8, « le signe divin de la vie universelle » ; Eudes Picard  le nomme de même «symbole de la vie et de l'esprit universel. »

Il est hasardeux de faire un rapprochement entre la coiffure du Bateleur et le signe mathématique de l'infini. Ce signe est relativement d'invention moderne (1665) et le Tarot dont l'origine reste problématique lui est à coup sûr antérieur.

Il faut noter que le « lacs d'amour » est un attribut ainsi défini en héraldique : « cordon entrelacé dont les bouts traversent le centre et ressortent par le bas à dextre et à sénestre, en forme de houppe ». La cordelière de soie noire et, blanche dont les veuves entourent leur écu est faite de lacs d'amour ; de même, les armoiries des cardinaux, des évêques et des abbés comportent, en dessous d'un chapeau, une cordelière formée de lacs d'amour et terminée par des houppes.

On peut donc raisonnablement penser que les premiers Maçons spéculatifs, ayant remplacé le «cordeau » opératif par un cordon ornemental, ont donné tout naturellement à ce cordon des nœuds en forme de lacs d'amour, ces sortes de nœuds figurant dans les armoiries et le «Tableau » ou « Tapis de Loge », renfermant les symboles essentiels de la Maçonnerie, pouvant être considéré comme l'Armorial maçonnique.

Pourquoi ce nœud particulier porte-t-il le nom de « lacs d'amour » ? C'est là une question que nous n'avons pu résoudre encore ; aucun document ne nous permet de donner une réponse acceptable. En formant ce nœud, on figure bien, il est vrai, les organes mâle et femelle, mais la plupart des nœuds sont dans le même cas...

Oswald Wirth  affirme que les « Tableaux de Loge » tracés à la craie sur le sol ou peints sur des « tapis » se terminaient par une bordure dentelée, composée de triangles équilatéraux, les uns noirs et les autres blancs. Il a représenté cette « bordure » dans le « Tableau de Compagnon » qu'il a dessiné et fait figurer des triangles blancs sur fond noir ; ce qui indique, selon lui, une émanation lumineuse partie du centre du « Tableau ». Il admet néanmoins qu'on puisse mettre le blanc à la place du noir :

La disposition inverse, écrit-il, serait cependant plus correcte, d'après le Frère J. Eigenhuis, le savant rédacteur du Vrij metselaar, organe de l'Association maçonnique hollandaise, pour l'étude des symboles et des rituels. Se basant sur les recherches érudites du docteur Ludwig Keller de Berlin, Eigenhuis ne voit, en effet, dans la bordure dentelée rien moins qu'un souvenir des catacombes.

Il décrit un portique « sculpté dans le roc », lequel, dans ce qui restait à l'état brut, figurait l'immense domaine de l'inconnu, situé en dehors des limites de notre perception. Ce domaine du mystère enveloppait le portique, image du monde connu ; il formait à celui-ci un cadre de brisure de roc.

S'il en est réellement ainsi, dit Wirth, ce sont les triangles de la rangée extérieure qui doivent être blancs, pour indiquer l'influence illuminative exercée sur nous par l'immensité ambiante de ce que nous ignorons. En ce cas, les triangles noirs exprimeront, de la part des initiés, un effort de compréhension réceptive, alors que les triangles blancs, dont la pointe serait tournée vers l'extérieur, dénoteraient une sorte d'offensive prise contre le mystère par l'esprit humain...

Il reste à prouver que la « bordure dentelée » n'est pas une innovation moderne. Notons que Vuillaume ne la représente pas dans les « Tableaux » d'Apprenti et de Compagnon annexés à son Tuileur  datant de 1820.

Avec Fritz Uhlmann nous voguons en pleine fantaisie :

La houppe dentelée, dit-il représente les débris de la poche amniotique, et la corde, le cordon ombilical. Les symboles peints sur le tapis illustrent les doctrines de la Maçonnerie et apparaissent de la sorte comme les nourritures du néophyte. Cela n'est pas une vaine imagination, la preuve en est que le tapis était, à l'origine, de forme ronde ou ovale. La corde qui en fait le tour servait primitivement à former un sac du tapis où étaient enfermés les objets symboliques.

La preuve invoquée n'en est pas une, car jamais dans les documents maçonniques anciens il n'est fait mention de tapis ronds ou ovales ; de plus, il ne faut pas oublier que le « Tableau » était primitivement tracé à la craie sur le sol et que la « corde » y figurait, bien que ne servant pas à « former un sac ». D'autre part, voir dans les triangles de la houppe dentelée la déchirure de la poche amniotique nous semble quelque peu « fantastique ».

La Maçonnerie anglo-saxonne entoure, il est vrai, le Carré long d'une « Bordure dentelée » :

La « Bordure à houppes », dit Leadbeater , règne sur les quatre faces du dallage. Dans la Maçonnerie ancienne, on la disait faite de fils enroulés, mais aujourd'hui c'est une bordure échancrée ou dentelée. La bordure nous rappelle, dit le Rituel des Obédiences ­masculines, la splendide ceinture formée autour du soleil planètes dans leurs révolutions. Le Rituel de la Maçonnerie mixte en fait l'emblème de la Muraille protectrice de l'humanité. Il existe une double interprétation, du même genre, des quatre houppes qui se trouvent dans les angles de la bordure. En Maçonnerie masculine on y voit généralement la tempérance, le courage, la prudence et la justice ; on leur donne toujours un sens éthique. Cependant elles représentent aussi les quatre grands ordres de dévas se rattachant aux éléments terre, eau, air, feu.

Pour conclure, nous nous en tiendrons aux représentations anciennes, nous ferons figurer seule la « Corde à nœuds », sans la bordure dentelée, et nous donnerons trois nœuds au grade d’apprenti et cinq à celui de Compagnon.

La « Corde à nœuds » porte à tort le nom de « Chaîne d’Union». La « Chaîne d'Union» est un rite, une action, que nous étudierons avec les « Gestes ».

LA CHAINE D'UNION

 

La « Chaîne d'Union » est une tradition qu'on retrouve à la fois dans le Compagnonnage et dans la Maçonnerie. Elle consiste à former un cercle, une chaîne, en se donnant mutuellement les mains, ayant préalablement croisé les bras.

Le nouvel Initié est invité, dès son admission, à former un maillon de cette Chaîne.

On forme la Chaîne d'Union le plus souvent à la fin des travaux.

 Dire que cette Chaîne symbolise, écrit Plantagenet, l'universalité de l'Ordre et rappelle à chacun que « tous les Maçons, quelle que soit leur Patrie, ne forment qu'une seule famille de Frères, répandus sur la surface de la terre » est, j'imagine, superflu. Aussi bien, la Chaîne d'Union rapproche-t-elle effectivement tous les cœurs en même temps qu'elle ranime dans les consciences le sentiment de la solidarité qui nous unit et de l'interdépendance qui nous lie. Nous en pouvons tous faire l'expérience et il ne fait aucun doute que celui qui participe consciemment et sans réticences à la Chaîne rituelle, en ressent lui-même — à défaut d'une transmission certaine au voisin — les effets suggestifs et réconfortants. Ce n'est donc pas sans intention que cette cérémonie a été introduite dans le Rituel. Elle semble y préparer heureusement l'ambiance propice pour faire de la fermeture des travaux autre chose qu'une simple formalité.

Certains Ateliers, méconnaissant la valeur rituelle et « magique » de la Chaîne d'Union, ne la forment que deux fois l'an seulement, pour la communication des mots de semestre. Marius Lepage a excellemment exposé les principes essentiels qui font de la Chaîne d'Union autre chose qu'un simple geste sans portée. Il écrit  :

Les rites, entre autres fonctions essentielles, joignent le visible à l'invisible. Ils constituent le lien fluidique qui unit le corps maçonnique constitué à l'esprit maçonnique dégagé des loges matérielles. Il n'est donc pas étonnant de voir cet esprit se retirer peu à peu des Loges où personne ne l'appelle plus. Et la plus surprenante des découvertes est bien de trouver encore, dans le chaos des prétendus Rituels aujourd'hui en usage, une étincelle de foi.

Les mains s'entrelacent encore, mais l'esprit ne s'émeut guère de la valeur et des répercussions de l'acte accompli. Pourtant, de tous les Rites, la Chaîne d'Union est peut-être le plus important, au point de vue occulte comme au point de vue symbolique. Et tout Vénérable, soucieux de la prospérité matérielle et morale de sa Loge, ne devrait pas manquer de répéter cette véritable « invocation » à chaque tenue.

Le principe de la Chaîne d'Union doit être vraisemblablement recherché dans la « théorie du point ou signe d'appui ». Toute volonté qui veut se manifester dans le monde matériel a besoin d'un intermédiaire qui soit en même temps une base solide de départ.

Le secret de la Chaîne Magique, écrit Stanislas de Guaïta, se résume en un aphorisme dont voici les termes : créer un point fixe où prendre appui; y établir sa batterie psycho-dynamique; et, de ce point, élu pour centre, faire rayonner à travers le monde la lumière astrale, évertuée par un vouloir nettement défini et formulé.

A la fois créatrice et réceptive, la Chaîne d'Union remplit auprès du Maçon le double rôle de bouclier protecteur et d'appareil récepteur d'influences bénéfiques.

Toute collectivité, toute association a sa correspondance dans les mondes invisibles. L'esprit d'un groupement est un être vivant plus puissant, sauf exceptions rares, que chacune des personnes composant ce groupement. De plus, un Egrégore, pour le désigner par le nom qui lui est communément attribué, tend à affermir son autorité et à agrandir son domaine aux dépens de l'Egrégore voisin.

Malheur à l'individu isolé, qui, orgueilleux de sa volonté vacillante, veut entrer en lutte contre la formidable puissance de l'Egrégore. Il sera vite balayé, submergé... Et le moins qui puisse lui advenir, c'est de voir fondre sur lui les maux matériels les plus variés, sans qu'il parvienne à s'en défendre.

Combien de chaînes de haine sont ainsi tendues dans l'invisible contre les Maçons, par leurs adversaires ignorants ou de mauvaise foi ! Pour résister à ces attaques, il nous faut aussi former notre Chaîne, tout en nous gardant bien de répondre à la haine par la haine, car alors les deux Egrégores scelleraient une alliance étroite pour notre plus grand dam.

Quelques questions d'ordre rituel peuvent être posées quant à la formation de la Chaîne d'Union. Pourquoi croiser les bras sur la poitrine plutôt que de joindre les mains à la manière des enfants entrant dans une ronde ? Notre façon de procéder, en rapprochant les corps et comprimant les poitrines semble faciliter la concentration de volonté nécessaire à l'élaboration d'une Chaîne efficace.

Un Frère, partisan des Loges mixtes, voudrait qu'en formant notre Chaîne on alternât les maillons, masculins et féminins. Ceci revient à dire que toute Chaîne formée par des individus du même sexe serait moins opérante que les Chaînes occasionnellement bisexuées. La pratique nous révèle qu'il n'en est rien, et la théorie confirme la pratique. En effet, il s'agit là d'une mise en œuvre d'intelligences et de volonté, non de sexes.

Pour atteindre au maximum, écrit encore Stanislas de Guaïta, il faut grouper un certain nombre d'éléments négatifs —intelligences plus intuitives et réfléchies qu'expansives et spontanées — sous la prédominance d'un élément tout à fait positif c'est-à-dire sous l'influx d'un homme riche de qualités organisatrices, doublées d'un vouloir énergique et dominateur. C'est alors que, parfaitement agencée, la batterie psycho-fluidique fournit son summum de rendement. Car les pensées, même les plus rudimentaires, les réminiscences, fussent-elles les plus vagues, qui peuplaient nébuleusement les cerveaux négatifs, se développent et se précisent à souhait, réfactionnées par l'influence de l'esprit positif. C'est ici que se manifeste dans toute sa puissance, dit Marius Lepage, le rôle unificateur du Vénérable, directeur de l'Atelier, dont il est l'émanation et la synthèse. Des Frères à lui s'établit un double courant, et ses forces ne sont décuplées que pour, ensuite, être employées au mieux des intérêts spirituels de l'Ordre en générai, des membres de la Loge en particulier.

Il paraît cependant possible d'affirmer qu'aucune Loge, aujourd'hui, ne peut former une Chaîne d'Union efficiente.

Cependant, nous ne saurions trop engager les Vénérables à reprendre. partout où ils le pourront, le rite traditionnel de la Chaîne d'Union à la fin de chaque tenue. Lorsque, les mains étant jointes, le Vénérable, avant de clore les travaux, évoque l'union de tous les Maçons, lorsqu'il appelle sur tous ses Frères la descente du véritable esprit Maçonnique, il semble qu'un souffle plus pur balaie l'atmosphère de la Loge.

Pas une de nos aspirations vers le Bien n'est perdue. Les volontés individuelles sont faibles, défaillantes. Qui sait cependant si, amplifiées, accumulées, un jour elles n'ébranleront pas le monde, selon les plus chers désirs des véritables Maçons.

Henry Thiriet, qui veut avant tout prendre position en « positiviste », écrit cependant :

Sans être taxé de spiritualisme, n'est-il pas légitime de considérer la Maçonnerie comme un centre producteur d'Idées-Forces, qui iront par le monde déclencher dans les cerveaux une activité nouvelle, féconde, d'où résultera la conception d'une société mieux équilibrée et le désir de la réaliser ? L'idée-force n'a-t-elle pas, exactement, la même réalité que la force mécanique, pur concept déduit de la constatation du mouvement ?

Serait-il téméraire, ajoute-t-il, de voir, dans un groupe d'hommes travaillant en secret au perfectionnement de leurs facultés et à la recherche du Vrai quelque chose de semblable au poste émetteur dont les ondes invisibles iront par-dessus les obstacles apparents, émouvoir les cerveaux réceptifs, mettre en branle leurs énergies individuelles pour un travail, sinon identique, du moins dirigé à peu près dans le même sens ?

Or, il est évident que la Chaîne d'Union crée un « champ magnétique » tourbillonnaire dû au croisement des bras et la tension de ce champ sera d'autant plus forte que chaque maillon sera plus actif. Il s'agit ici non seulement d'un symbole, mais d'une efficience réelle.

Encore faudrait-il que le Vénérable sache orienter la Chaîne vers un but déterminé...

La rupture de la Chaîne d'Union s'effectue au commandement après une triple pression des mains et un triple balancement des bras. C'est à ce moment qu'a lieu la « projection » après une « concentration » plus ou moins longue.

Il serait donc nécessaire, pour que la Chaîne d'Union soit réellement efficace, qu'un but déterminé lui soit assigné et, ainsi, elle cesserait d'être une vaine cérémonie.

Si chaque Maçon était conscient de son rôle, non seulement la Maçonnerie tout entière serait transformée, mais le monde lui-même subirait l'influence bénéfique qui émanerait des Loges. L'action, pour être « efficiente », n'a nul besoin de publicité tapageuse; au contraire, c'est dans le silence et la méditation « active » et non passive que les pensées deviennent des idées-forces et c'est par la Chaîne d'Union que ces idées peuvent être projetées dans le monde profane.

C'est pourquoi il serait souhaitable et nécessaire que chaque Atelier terminât ses travaux par une Chaîne d'Union en se concentrant sur une seule idée, en rapport avec l'Idéal Maçonnique.

 

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