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Sensiblement préjudiciable fut la persécution systématique menée au siècle dernier par le gouvernement autrichien dans la Lombardie et la Vénétie et par les autres gouvernements dans les différents petits états de la péninsule, par l’Eglise en général et, à notre siècle, par le régime fasciste ; également préjudiciable fut la lutte conduite par les différents Grands Orients, qui ont essayé par tous les moyens d’absorber le rite de Misraïm. Malgré tout, les documents les plus importants ont été conservés et transmis jusqu’à nos jours.

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Diplôme du Suprême Conseil animé par Jean Bricaud en 1930

 

Le martinisme revu et corrigé par Bricaud, et le Rite de Memphis-Misraïm se développeront donc en France en étroite association. Il advint même que des Loges pratiquent, comme ce fut le cas pour la Jérusalem des vallées égyptiennes, les deux « rites ».

Jean Bricaud constiyua une loge d’adoption féminine, à l’orient de Lyon, placée sous une autorité différente de la sienne, un peu coùme Cagliostro avait en son temps délégué à sa compagne, la Grande Maîtrise de ses propres loges féminines.

D’autre part, Jean Bricaud qui se tient informé de l’évolution de ses rites à l’international, informe Rombauts que les activités des frères Belges ne permettent plus de les considérer désormais comme rattachés au Souverain Sanctuaire français. Et sans plus tarder, le 5 septembre 1933, le comité permanent du Suprême Sanctuaire lyonnais prononce la radiation des Disciples de Pythagore, l’annulation de la charte de cette loge, déclare irréguliers les autres ateliers belges et révoque la patente de 95e accordé à Rombauts comme représentant pour la Belgique.

Le 21 février 1934, Jean Bricaud retourne à l’Orient éternel après une maladie de quelques mois. En vue de sa succession, il avait instruit et préparé le plus sûr, le plus éclairé de ses compagnons de sentier, un frère d’un an son aîné : Constant Chevillon. L’ami, le compagnon, le disciple de Jean Bricaud, Patron des occultistes Lyonnais dont l’histoire a surtout retenu le nom à cause de sa fin tragique, offre un modèle de science et de sagesse.

Son orientation vers l’occultiste, Chevillon la doit, selon Eugénie Bricaud, à sa rencontre avec un compagnon de Bricaud, le poète astrologue Jean-Baptiste Roche, impliqué dans la direction des ordres Lyonnais, qui met Chevillon en rapport avec les occultistes de son temps, dont le plus célèbre d’entre eux, Papus : « J’ai connu votre père avant la guerre – écrivait Chevillon au Dr Philippe Encausse, en décembre 1938 -, et c’est là le plus précieux de tous mes souvenirs ».

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Constant Chevillon

 

S’agissant de Memphis-Misraïm, voici la proclamation officielle de sa nomination :

« A tous les Maçons réguliers répandus dans les deux Hémisphères, Force, Paix, Sagesse ».

« Nous, Sublimes Princes Patriarches Grands Conservateurs constituant le Souverain Sanctuaire du Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis Misraïm pour la France et ses dépendances, en accord avec la volonté nettement exprimée du Souverain Grand Maître Jean Bricaud, retourné à l’Orient Eternel le 21 février de la présente année, reconnaissons le Très Illustre et Souverain Frère Constant Chevillon, comme Souverain Grand Maître ad-vitam 33, 90, 90e degrés avec tous les Devoirs, Droits et Prérogatives attachés à ce titre ».

« Nous mandons à tous les Ateliers, tant du terriroire métropolitain quedes Colonies et Protectorats Français, de respecter les directives qu’il donnera pour la Prospérité et le Bien de l’Ordre ».

« En foi de quoi, nous avons signé la présente Proclamation, en vertu des Pouvoirs qui nous sont conférés par les Constitutions et Règlementsde notre Rite Bien-Aimé ».

« Emile Combe, 33-95 ; Et. Barassat, 33-95 ; J. Ch. Duprat, 33-95 ; Padovani 33-95 ; A. Fayolle, 33-95 ; H. Dupont, 33-95 ; M. Cotte, 33-95 ».

Dès 1934 Chevillon prend une série de directives quant à l’administration du rite.

De 1936 à 1939, le « rite de Misraïm » connut une période prospère, pendant laquelle Constant Chevillon ouvrit de nombreuses loges en Belgique et à l’étranger. Pendant la guerre, la franc-maçonnerie et les autres sociétés initiatiques furent interdites. Les successeurs d’Osselin pratiquaient encore leur Rite avant la dernière Guerre dans la Loge-mère Arc-en-ciel, nom glorieux du premier Chapitre fondé en Belgique par les frères Bédarride.

Robert Ambelain, éminent ésotériste, favorable au maintien de la tradition initiatique, telle qu’elle existait à travers Papus et Eliphas Levi, symboliste doté d’une bonne logique et d’un esprit critique, fut initiés à la Maçonnerie Traditionnelle, par le Frère Constant Chevillon 96ème, au début de l’année 1939, à la Loge Humanidad à Lyon. Il fut également reçu apprenti cette même année dans une loge parisienne du rite de Memphis-Misraïm, la Jérusalem des Vallées égyptiennes, par Constant Chevillon et Nauwelaers. Peu après le début de la guerre de 39/45, la Loge dû se mettre en sommeil, compte tenu de l’absence de nombre de participants, puis d’une chasse aux Francs-maçons orchestrée par Vichy. En conséquence, les archives des rites de Misraïm, de Memphis, de Memphis Misraïm, Early Grand Scottish Ecossais (Cernau) furent confédérées et confiées à Robert Ambelain qui les cacha dans sa cave.

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Robert Ambelain 1939

Les deux Rites traverseront deux guerres mondiales, y compris le nazisme, qui a assassiné ses chefs, pour renaître, tel le Phoenix, au milieu du XXe siècle.

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Diplôme du 90e grade du rite de Memphis-Misraïm délivré à Georges Bogé de Lagrèze par John Yarker en septembre 1909

Sous le patronage du Grand Maître Mondial Substitut pour la Belgique Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946) il créé une Loge et un Chapitre sous le nom d’Alexandrie d’Egypte, assisté des deux hauts dignitaires Camille Savoire et René Wibaux.

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Georges Bogé de Lagrèze

Ce fut la seule Loge de toute l’Europe occupée à maintenir vivant le flambeau de la Maçonnerie dans la clandestinité. Robert Ambelain au péril de sa vie et des siens réunissait des Frères comme Georges Lagrèze, André Chabro, Cyrille Novosselhof, Camille Zanolini, André Ouvrard, Charles Muller, Jules Boucher, Roger Menard, Edouard Gesta et Robert Amadou pendant quatre années d’occupation.

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                                                                          Jules Boucher                          Robert Amadou                        Constant Chevillon

Le 2 Août 1940, le sort des sociétés initiatique de la France occupée, se joue. Le Conseil des Ministres charge le Garde des Sceuax d’établir un projet de loi tendant à la dissolution des sociétés secrètes ; le 7 août, le Président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient en interrompt les travaux, et le 13 tombe la loi portant interdiction des associations secrètes. Dernier acte, le 19 août, le Maréchal Pétain signe le décret de dissolution du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Un autre décret, en date du 27 février 1941, prononcera la dissolution de toutes les autres « sociétés secrètes », maçonniques au premier chef, dont Misraïm et Memphis-Misraïm.

Les loges n’ont pas d’autre avenir immédiat que d’entrer en sommeil, tandis que leurs archives sont un peu partout récupérées par le service des sociétés secrètes, sous la direction de Bernard Fay, professeur au Collège de France, nommé le 7 août 1940 administrateur général de la Bibliothèque Nationale, chargé, à partir du 12 novembre 1940 de centraliser et d’inventorier les archives maçonniques.

Georges Lagrèze, qui avait mis en sommeil les loges symboliques de sa juridiction, se contentant d’affilier ou de recevoir des maîtres maçons dans les hauts grades, est rejoint par Robert Ambelain qui vient tout juste de reçevoir la lumière maçonnique, le 26 mars 1939, dans une des deux loges parisiennes de Chevillon, Jérusalem des Vallées égyptiennes, dont le frère Nauwelaers tient l’équerre. Le parrainage du Grand Maître Chevillon avait évidemment été d’un grand poids.

Prisonnier au camp d’Epinal, dans la caserne de Courcy, Robert Ambelain reçut la maîtrise le 27 juin 1940 au cours d’une tenue clandestine de maçons, détenus avec lui. Ayant reconnu la légitimité de cette réception, ainsi que l’atteste un diplôme du 24 juin 1941, compte tenu des circonstances générales, et en vertu de ses pouvoirs de 33e degrés du Rite écossais ancien accepté.

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Robert Ambelain 1940

En septembre 1941, au cours d’une perquisition aux domiciles de Madame Bricaud et de Constant Chevillon à Lyon, des archives de Papus-Téder, des manuscrits de Chevillon, des livres et des objets divers sont saisis par les autorités d’occupation.

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Le 17 septembre 1941, par décret signé par le Maréchal Pétain, (chef de l’Etat Français), de l’Amiral de la Flotte, Vice Président du Conseil, F. Darlan, du Ministre Secrétaire d’Etat à l’Intérieur et le Secrétaire d’Etat à l’Education Nationale, l’administrateur de la Bibliothèque Nationale Bernard Fay, est chargé de rechercher, réunir, conserver et éditer tous les documents maçonniques en vue de l’application de la Loi du 11 août 1941 qui ordonne la publication au Journal officiel des noms des anciens dignitaires et leur interdit l’accès à la haute fonction publique ainsi qu’aux charges et emplois déjà interdits aux juifs par la loi du 2 juin, ce à quoi s’emploient activement les services de Bernard Faÿ, sous la direction de l’inspecteur de police Moerschel, en publiant une liste de quatorze mille noms. Ces listes sont systématiquement fournies aux occupants, qui envoient les archives les plus importantes à l’École des cadres du parti nazi, la Hohe Schule, à Francfort.

Constant Chevillon et Robert Ambelain en son domicile parisien, 12 square du Limousin (13e) réussirent quand même à rouvrir clandestinement la loge maçonnique, Alexandrie d’Égypte. C’est là que Robert Amadou fut reçu en 1943.

Constant Chevillon, qui voyageait comme Inspecteur de Banque, se trouvait en mission à Clermont-Ferrand. Un matin, un inspecteur de police vint le chercher à son bureau, l’emmena à son hôtel, visita sa chambre et rafla tout ce qui était à lui, valise, papiers, manuscrits qu’il préparait pour l’édition. Ramené à la Sûreté, il y fut interrogé tout le jour avec des intervalles où il est mis en cellule avec des détenus de droit commun au nom de son idéal de liberté et de fraternité.

Après cette première arrestation, Chevillon « devint presque muet, on ne pouvait obtenir de lui un sourire ». Il continue pourtant de venir passer à Lyon ses jours de repos, et de travailler à ses œuvres en cours.

Le 20 août 1942 Lagrèze élève Robert Ambelain au 33e degré, puis il lui confère les grades spécifiques des rites égyptiens ; le 66e, le 8 août 1943, le 90e et enfin le 95e degré de l’Ordre Initiatique Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm le 15 août 1944, pour raison de force majeure en temps de guerre et pour services rendus à l’Ordre durant cette période d’occupation, avec la fonction de substitut grand maître de son propre Souverain Sanctuaire.

Mais le danger était venu d’une autre police. Le 25 mars 1944 au soir, Chevillon dîne chez Madame Bricaud, en compagnie d’une amie de celle-ci. Quatre hommes sonnent, se présentent comme « la Police » tout en refusant de montrer leur carte, font irruption dans la maison, perquisitionnent, raflent ses papiers et l’emmènent « pour interrogatoire ». Madame Bricaud se souvient ; « Nous lui donnons pardessus et cache-col, et nous l’avons embrassé toutes les deux. Il m’a bien regardé, tout pâle, tout triste. On le fit monter en voiture. Les deux voitures partirent tous feux éteints dans la direction « descente de Choulans ».

Vers 9 heures, le lendemain, la police judiciaire venue à son tour chercher Madame Bricaud, finit, après de multiples questions, par lui apprendre ce qu’elle redoute ; le corps de Constant Chevillon a été retrouvé la veille, vers 22 heures 45, encore chaud et criblé de balles par des miliciens vichystes, en banlieur Lyonnaise, à Saint Fons, montée des Clochettes, en bordure de route, à l’endroit même où d’autres assassinats du même genre ont été perpétrés.

Le Grand Maître de Belgique Delaive quant à lui fut décapité par les nazis.

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NOUS, Grand Maître Général, Président du Souverain Sanctuaire pour la France et ses Dépendances de l’Ordre International Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, membre du Suprême Conseil International, Grand Hiérophante Substitut décrétons ce qui suit. En date de ce jour, élevons et proclamons Notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN : 95ème degré de Notre Rite, et Membre du Souverain Sanctuaire de France, en qualité de Substitut Grand Maître, et ordonne à tout Membre du Rite de le reconnaître comme tel, lui donne pouvoir de créer, installer, diriger, tout collège symbolique, capitulaire, et mystique de notre Ordre y compris les Grands Conseils des Sublimes Maîtres du Grand Œuvre 90ème degré, de notre Hiérarchie.

En foi de quoi la présente patente lui est remise pour lui servir de titre authentique et régulier auprès de tous Membres de l’Ordre et des Frat\ affiliées.

Donnée en la Vall\ Egyp\ de Memphis, au Zénith de Paris, timbrée et scellée par nous, le 15 août 1939.

Signé : Le Grand Maître Général, Grand Hiérophante Substitut : Georges BOGÉ de LAGREZE 33ème 96ème 97ème.

Robert Ambelain avait été choisi par Georges Bogé de Lagrèze, allié des organisateurs du Convent de 1934, Grand Maître pour le Souverain Sanctuaire de France, qui constatait en 1942, la mise en sommeil de toutes les Obédiences maçonniques. S’étant assuré que Constant Chevillon ne souhaitait pas maintenir clandestinement le Rite, il avait décidé de réveiller une Maçonnerie clandestine sous les auspices du Rite de Memphis-Misraïm, et de se servir à cet effet de son titre de 33e du Rite Ecossais Ancien et Accepté, de 33e du Grand Orient de France, de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (derniers degrés de l’Ordre Chevaleresque du Rite Ecossais Rectifié) et surtout de la patente reçue à Londres en 1909 de John Yarker.

Il charge alors Robert Ambelain de cette tâche. Et c’est donc à cet effet qu’il lui remet durant les années 1942-43 toutes les charges et les patentes appropriées ainsi que divers titres Maçonniques et diverses initiations non-maçonniques. Par cet acte de transmission, Lagrèze au travers de Robert Ambelain, permet aux Rites de continuer à vivre sous la terreur nazie.

Par bonheur, Robert Ambelain est alors inconnu des services de répression des sociétés Secrètes. C’est ainsi que, dès 1943, sous le patronage de Lagrèze, il peut constituer sans être inquiété la loge clandestine Alexandrie d’Egypte, à son domicile parisien, 12 square du Limousin, où ne tardent pas d’être initiés plusieurs nouveaux frères. Jusqu’à la libération, en 1944, la loge y tiendra ses assises avec les décors et les insignes d’usage, deux fois par mois. Y assistaient ; Georges Lagrèze, André Chabro, Cyrille Novosselhof, Camille Zanolini, André Ouvrard, Charles Muller, Jules Boucher et Robert Ménard, Edouard Gesta, Serge Caillet et Robert Amadou.

Le 15 août 1944 (sous l’occupation) le Frère Georges Bogé de Lagreze Grand Hiérophante Substitut 97ème, et le Grand Hiérophante Mondial Guerino Troilo 98ème donnent patente au Très Illustre Frère Robert Ambelain.

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                                                                                              Georges Bogé Lagreze                     Robert Ambelain

 

Aucun autre rite maçonnique que celui de Misraïm n’a peut-être été, au cours de son histoire, fut-ce du temps où Memphis et Misraïm se combattaient avant de voguer de concert, autant persécuté par la police de maint gouvernement, de la Restauration à celle de Vichy. Nul autre aussi, qui n’ait fait se côtoyer sur les colonnes de ses temples plus d’extravagants, pour ne pas dire de fripons, et qui n’ait entretenu en son sein plus de discorde ! Nul autre assurément qui n’ait été plus raillé et décrié, par des anti-maçons très naturellement, mais aussi par des obédiences maçonniques et d’authentiques francs-maçons, las des querelles et des fantaisies. Ses propres hauts dignitaires, comme Jean-Henri Probst-Biraben et Jean Bricaud n’ont pas manqué de critiquer ce rite d’aventuriers et de trafiquants de grades maçonniques. Cependant ils convenaient qu’en son sein se cache aussi un authentique mystère initiatique, un enseignement vrai où se maintiennent de vrais « Initiés ».

A sa façon, Papus en dit l’essentiel lorsqu’il écrit : « Certains Maçons rattachés à des sociétés de Rose-Croix ou s’adonnant d’une manière spéciale à l’étude de la Science Maçonnique, ont voulu approfondir cette Science en y adaptant des grades kabbalistiques et mystiques.

Ce genre de Maçonnerie a toujours été réservé à une élite et souvent ne comprend que des hauts grades laissant aux autres rites le soin de préparer les initiés futurs.

Le plus connu de ces rites est le Rite de Misraïm, puis le rite de memphis, fondés tous les deux en vue d’un but spécial. Ils ont souvent formé des puissances unies sous le nom de Memphis-Misraïm ».

Robert Ambelain poursuit désormais au grand jour, et en toute indépendance, les travaux de l’Hérpïque Alexandrie d’Egypte, sous la forme d’une nouvelle loge, au titre distinctif Alexandrie, qui continuera de maintenir Memphis-Misraïm en se réunissant à son domicile jusqu’en 1950.

En 1945, la Libération avait permi la reprise des activités de l'A.R.O.T., avec la constitution d'un Comité Directeur de reprise des travaux, comprenant trois membres qui sont, toujours par ordre alphabétique : Robert Ambelain, Jules Boucher et Robert Caborgne. Ils créent une fondation rituelle et occulte, avec projection d'un germe d'égrégore en astral.

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Le 27 avril 1946 Georges Bogé de Lagrèze passe à l’Orient éternel. Henri-Charles-Dupont grand chancelier et grand administrateur du rite, adjoint de Constant Chevillon qui avait été reconnu comme son successeur, prit alors légitimement la direction de l'Ordre à la Libération jusqu'à l'élection de Pierre Debeauvais (90e du Rite de Misraïm et 96e du rite de Memphis Misraïm).

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Henri-Charles Dupont

Le nouveau Grand Maître Pierre Debeauvais 96ème du Rite ne restera qu’une année à sa tête. Il démissionne et rend la Grande Maîtrise des Rites Unis à Charles-Henry-Dupont 96ème.

Le réveil des Rites Egyptiens après la guerre, sera assuré en Italie par Marco Adegio Allegri (Flamelicus), Grand Hiérophante de Memphis en 1923 et Grand Hiérophante de Misraïm en 1925. Il unifie les rites en 95 degrés et fonde le Souverain Grand Sanctuaire Adriatique. Il aura pour successeur Ottavio Ulderico Zazio (Artephius d’octobre1949 à janvier 1966.

En Belgique les Loges des Rites égyptiens se trouvaient en inactivité forcée depuis la mort de leur Grand Maître Constant Chevillon. Mais à partir de 1956, l’Ordre de Misraïm de Mallinger et Fromant acquièrent une grande vitalité en Belgique.

Lors d’un nouveau convent, tenu à Bruxelles au mois de décembre 1956, s’était retrouvés quelques anciens du convent de 1934. Ceux-ci formèrent un nouveau Suprême Conseil international, pour le Rite de Misraïm, et en vertu d’une Charte octroyée par le Grand Hiérophante Général du Rite de Memphis-Misraïm Guerano Troïlo de Rosario, élirent Jean Henri Prost Biraben, maçon orthodoxe et traditionaliste très érudit, Grand Hiérophante Mondial de Misraïm. Celui-ci reçoit de Mallinger, une Patentes du Régime de Naples (Rite de Misraïm ou Scala di Napoli" (Arcana Arcanorum), donné par Jean Marie Ragon en 1861, et qu’il détenait de Rombauts qui lui-même les avait reçus du mystérieux Daour. Cette nouvelle renaissance eut pour théatre la Belgique (avec les Frères Jean Mallinger, Grand Chancelier, Ambrogio Gérosa, Grand Orateur ; et Ernest Froment, Grand Trésorier). La France (avec les Frères Prodst-Biraben et Dubois) et l’Italie (avec le Frère Ambrogio Gerosa, de Forence, qui  une branche de ce rite).

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Jean-Henry Probst-Biraben

Nota : Le texte complet des Arcana Arcanorum donné par Jean Marie Ragon en 1861 est exact car ce texte fait partie d’une collection de documents rares portant la date de 1777. Ils sont tous de la même main, du même papier, de la même encre. Ils ne proviennent donc pas des Frères Bédarride qui n’ont été eux-mêmes initiés au Rite de Misraïm que le siècle suivant lors de la campagne d’Italie. Ragon possédait également un tablier original, peint à la main, sur soie, et le cordon original peint à la main, qui allaient avec le manuscrit et qui correspondaient rigoureusement aux secrets du cahier manuscrit (90e degré).

Quelques hauts dignitaires de la loge Arc en Ciel, dissoute pendant la guerre et l'occupation allemande, auraient appuyé l'initiative du professeur Jean Henry Probst ­Biraben.

Il faut ajouter que Probst-Biraben avait aussi réveillé en 1947 le Rite de Memphis. Ce dernier Rite fut réuni en 1959 à celui de Misraïm (Régime de Naples), on ne sait pas exactement par qui «étant donné que Probst-Biraben qui avait réveillé les deux Rites était déjà mort à l'âge vénérable de 92 ans à la fin de 1957 ».

Pour conclure sur cette initiative décisive des derniers représentants de cette branche orthodoxe de Misraïm (il est juste de qualifier ainsi n'importe quel groupe qui suit les Arcana Arcanorum du Régime de Naples), l'on doit spécifier que l'Ordre réveillé en décembre 1956 par Probst-Biraben lors du Convent tenu à Bruxelles est encore actif maintenant — d'une manière autonome en tant que Rite Oriental de Misraïm ou d'Egypte — particulièrement en Belgique, même si son actuel Grand Hiérophante général est un Italien.

En 1956, Jean-Henri- Probst-Biraben procède donc au réveil du rite de Misraïm en France, tandis que s’opère la même renaissance en Belgique, avec Jean Mallinger et Ernest Froment, et en Italie, sous la direction d’Ambrogio Gerosa, de Florence. Mais il n’aura pas le temps de la conduire à son terme : âgé de 92 ans, il rejoint l’Orient éternel le 15 octobre 1957.

A la mort de Probst, Ambrogio Gerosa fut nommé à l'unanimité à la Grand Hiérophanie pour le remplacer, par le Suprême Grand Conseil de Misraïm, à cause de son âge maçonnique et profane, de sa sagesse, et de ce qu'il était le plus ancien et le plus élevé en grade parmi les membres de ce Suprême Grand Conseil.

En France, c’est Henri Dubois, élevé au 90e degré par Probst-Biraben le 21 décembre 1956, qui recueille la direction des Ordres égyptiens de Memphis et de Misraïm pour la France, dont il conservera les orientations respectives : mystères égyptiens pour Memphis, hermétisme et kabbale hébraïque pour Misraïm.

En 1958 Le Frère Charles-Henri Dupont installe à Lyon un Suprême Conseil des Ordres Maçonniques de Memphis et de Misraïm réunis (les rituels restants distincts) dont la Grande Loge (Amon Râ) fusionne en 1960 avec les hauts grades de Memphis et de Misraïm conservant leur individualité.

En 1959, Charles-Henri Dupont désigne verbalement Robert Ambelain comme son successeur à la tête du Souverain Sanctuaire de France, dont il a hérité de Chevillon, et qui est alors en sommeil. Puis le 13 août 1960, à Coutance (Manche) où il réside, Le Grand Maître Général Charles-Henri Dupont 96ème degré, confirme par écrit cette désignation en présence du Docteur Philippe Encausse et d’Irénée Séguret.

Nota : La photocopie du certificat de Georges Bogé de Lagrèze reconnaissant Robert Ambelain comme Maître Maçon ; et les diplômes du 95e et 66e degrés de Robert Ambelain étant peu lisibles, voir (Fac. Similé, Bibliothèque du Grand Orient de France, Fonds Ragaigne),

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Patente est établie et signée, pour prendre acte à son passage à l’Orient éternel, que Dupont rejoint presque aussitôt le 1er octobre 1960. Le Frère Robert Ambelain 96ème, (déjà nommé Substitut Grand Maître du Rite de Memphis Misraïm par Georges Bogé de Lagreze, charte de John Yarker en 1909 et de Jean Bricaud en 1921), comme son successeur à la Présidence des Rites Unis hérita ainsi des pouvoir magistraux de Charles-Henri Dupont..

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Robert Ambelain 1960

 

Au Zénith De Coutances, le 13 août 1960, le Souv\ Sanct\ de Memphis-Misraïm et Sup\Gr\Cons\ des Rites Confédérés pour la France et ses Dépendances.

Nous, Souverain Grand Maître, du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France & ses Dépendances, Président du Souverain Sanctuaire de France, désireux de permettre le réveil et l’épanouissement du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM en France, confions à dater de ce jour, pour les Territoires susmentionnés, la Charge de GRAND-ADMINISTRA-TEUR du Rite au T\ Ill\ F\ ROBERT AMBELAIN, déjà 95ème du Rite depuis 1943, le dit Frère étant de ce fait et ipso facto désigné comme mon Successeur à la Charge de GRAND-MAÎTRE du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France et ses Dépendances.

Donné au Zénith de COUTANCES, ce 13ème jour d’Août 5960.

(Signé) HENRY-CHARLES DUPONT, Souverain Grand-Maître.

 

Comme Henri Dubois l’avait déjà envisagé les Dupont une union des Rites de Memphis et de Misraïm pouvait être possible. Dans une correspondance avec Robert Ambelain, henri Dubois témoignait de la volonté des deux hommes de retrouver enfin l’unité perdue en 1934. En 1960, René Wibaux, Grand Commandeur honoraire du Rite Ecossais Ancien et Accepté remettra à Robert Ambelain les archives de Georges Delaive, dont on a vu qu’il fut supplicié et décapité par les nazis, et ces archives sont celles du Grand Magistère du Rite actuel de Memphis-Misraïm. Fin 1960, Philippe Encausse, qui vient de rencontrer Hrnri Dubois, incite Robert Ambelain à faire de même. Dans une lettre du 29 janvier 1961, celui-ci rassure Dubois ; « Je suis absolument d’accord avec vous sur la nécessité absolue et impérieuse de l’unité ! Il n’a jamais été question pour moi que de la réaliser, aussi bien conformément aux vœux de Lagrèze que de Dupont ». Mais titulaire d’une Charte de Grand Maître substitut de Lagrèze datée du 15 août 1943, au titre de Memphis-Misraïm, Robert Ambelain ne saurait accepter la dissociation des deux rites, opérée par ce dernier, et leur transmission àProbst-Biraben dont Henri Dubois est l’héritier. Et voici ce qu’il lui propose :

1° Dissolution des rites séparés de Memphis et de Misraïm :

2° Fusion des éléments isolés de ces rites avec le rite (traditionnel) depuis Garibaldi, de Memphis Misraïm :

3° Désignation du Grand-Maître Henri Dubois, héritier des Rites séparés, comme Grand Maître d’honneur du « Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm », Président et Doyen d’âge du Souverain Sanctuaire du rite uni.

Robert Ambelain estime d’ailleurs que Memphis-Misraïm pourrait se limiter « à une existence végétative, de façon à se perpétuer, et « (si besoin était, pouvoir se réveiller instantanément. (On ne sait jamais… il faut savoir où se réfugier quand le vent se lève). »

Pour Henri Dubois, l’unité ne saurait passer par la dissolution de son Suprême Conseil, qui compte alors neuf membres, mais une nouvelle lettre du 2 avril 1963 espère encore dans une rencontre qui arrangerait tout. Le 17 janvier 1965, dans une nouvelle missive à Robert Ambelain, Henri Dubois revient longuement sur sa carrière maçonnique, et s’explique sur ses liens avec Constant Chevillon, Henry-Charles Dupont, Probst-Biraben. Le 1er février suivant, après un long argumentaire, Robert Ambelain réitère à Henri Dubois sa proposition « je vous redit, très cher frère Dubois, que la place de grand maître d’honneur vous est toujours réservée. Le Souverain Sanctuaire n’attend que votre accept ation ! Et tout rentrera dans l’ordre, en rentrant dans l’Ordre ! ». Le 6 octobre 21965, Henri Dubois décline l’invitation de Robert Ambelain au convent prévu pour le 23 suivant, et insiste sur la nécessité d’une rencontre à son domicile, à Cousance, dans le Jura. Les pourparlers en vue de l’unité n’iront pas plus loin.

Le 10 novembre 1963, Henri Dubois décide que Misraïm et Memphis « reprennent chacun leur autonomie et qu’en conséquence est annulé et considéré comme non avenu l’acte de réunion des deux puissances daté de l’équinoxe de Printemps de l’année 1959 du calendrier Grégorien ».

« Qu’à partir de ce jour est nommé Grand Maître de Memphis pour une durée de cinq ans, le Très Illustre Frère Pierre Constentin, est nommé Grand Orateur, le Très Illustre Frère Henri Dubois, et comme Grand Secrétaire, Chancelier et Administrateur Général, le Très Illustre Frère Albert Audiard. »

« Pour éviter tout conflit à l’avenir entre les hautes puissances de Memphis et de Misraïm, il est convenu conformément à la charte commune aux deux rites, promulguée le vingt et unième jour du mois de Thot, correspondant au 21 mars 1962, du calendrier Grégorien, que le rite de Memphis, perpétuera, en dehors des trois degrés symboliques, les degrés de Maître Egyptien et Rose-Crois Egyptiene le rite de Misraïm dont le Très Illustre Frère Henri Dubois est le Grand Maître ad vitam ne conférera que les quatre degrés du rite dit du Régime de Naples, portant les n° 87 à 90, et en outre que le 66e degré ne sera plus conféré par aucune des deux hautes puissances ci-dessus ».

Henri Dubois Grande maître du rite de Misraïm, finit par désigner à sa succession André Linge comme Grand Maître, mais précise t-il à Robert Ambelain, en octobre 1965, « Je me suis désisté pour une durée limitée en raison de ma situation (âge, santé etc… argent) car Grand-Maître ad vitam, vous savez que je ne puis démissionner ». Ayant finalement repris la Grande Maîtrise de Misraïm, Henri Dubois nomme Albert Audiard (qui avait été reçu par lui 66e grade de Memphis-Misraïm le 22 octobre 1959, ainsi que 90e de Misraïm et 95e de Memphis le 1er septembre 1960) Grand Maître adjoint, le 25 janvier 1973, puis député Grand Maître et substitut, le 1er octobre 1973. Au décès de Henri Dubois, le 16 octobre 1975, Albert Audiard lui succède, et redonne force et vigueur à la loge Lyonnaise la Sagesse triomphante, qui reprend le titre de la loge de Cagliostro.

Depuis, Albert Audiard a remis la Grande Maîtrise de Misraîm à Acturus, et la charge du Souverain Sanctuaire des Patriarches de Melkitzedecq à Regulus, qui lui ont officiellement succédé à son entrée dans la Grande loge d’en haut le 28 novembre 2001.

En quête lui aussi d’unité et de reconnaissance, depuis 1961, Robert Ambelain regarde du côté du Grand Orient de France, ainsi que l’atteste une lettre du 14 mars 1963 à Jean Corneloup, ancien Grand Commandeur du Grand Collège des rites :

« Devant ce désir général de revivifier le rite de Misraïm, me souvenant qu’il fut longtemps intégré au Grand Orient de France, qu’il en fut exclu en pleine terreur blanche, pour son aide à la Charbonnerie anti-royaliste, je crois qu’il serait utile que nous nous rencontrions. C’est le vif conseil que me donne le Frère André Lainé ».

« Si en effet les hauts grades pourraient être facilement perpétués parmi les Hauts-Dignitaires des diverses obédiences françaises, je ne vois, pour la Grande Loge Symbolique de ce rite, qu’un climat, celui du Grand Orient de France, et un seul lieu de recrutement : les Ateliers bleus de ce dernier ».

« On pourrait rassembler facilement les frères du Grand Orient de France épris d’ésotérisme et de symbolisme, il en existe plus que l’on ne croit communément ! Je sais que le Grand Orient en comprend environ 250, dispersés en ses ateliers parisiens… Le Grand Orient de France abriterait de nouveau un rite ancien, et respectrable, qui ne fut mis à l’index par le Grand Orient que par suite de manœuvres guère honorables ».

« Pour cette réintégration du rite de Misraïm dans le sein du Grand Orient, il suffirait de constituer une loge fonctionnant au rite classique (j’ai les anciens rituels), avec un minimum de 30 à 35 Frères. Et les maçons symbolistes du Grand Orient y viendraient en visiteurs. Tout d’abord au moins. Cela n’apporterait aucun bouleversement dans leurs Ateliers actuels. Qu’en pensez-vous ? ».

Quoique les relations de Robert Ambelain et du Grand Orient de France aient été des meilleures, le projet n’aboutit pas alors. Pourtant, quelques trente-cinq ans plus tard …

Après avoir réveillé la loge Hermès, à l’Orient de Paris, le 22 juin 1963, Rober Ambelain constitue la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm, qui est déposée sous la loi associative de 1901, le 22 juin 1963. Celui-ci établit des liens avec le GODF, la GLDF, la GLTSO, et adresse une lettre-circulaire aux frères du rite qu’il appelle à la fondation de loges et de triangles dans leur orient local, après le préalable que voici :

« Actuellement, notre rite bénéficie d’un regain particulier de considération de la part des hautes autorités maçonniques rectrices des grandes obédiences. C’est ainsi que nous avons un accord avec la Grande loge Nationale Française « Opéra », impliquant les visites réciproques, les garants d’amitié, et l’affiliation de nos membres aux Ateliers et Chapitres de sa hiérarchie, sans aucune difficulté. Avec le Grand Orient de France, nous sommes en cours de contacts fraternels, en vue du reéveil d’un ou plusieurs ateliers du dit Grand Orient de France au sein de cette obédience, atelier qui, par cumul de rite, travaillerait selon nos rituels et usages ».

Le 20 janvier 1964, une association est officiellement constituée à Paris, sous le titre « Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm », que dirige un comité directeur de trois membres à vie : Robert Ambelain, Philippe Encausse et Jean-Pierre T.. En 1964, un premier Convent national prend acte des premières réalisations.

C’est donc au travers de Robert Ambelain que se voient réunis tous les courants qui, au cours des années précédentes, s’étaient opposés. Devenu officiellement Grand Maître du Rite de Memphis-Misraïm, celui-ci va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, tous les Ordres se réclamant des rites égyptiens autour du Rite de Memphis-Misraïm.

Le Grand Maître Général Robert Ambelain (98e) Président des Rites Confédérés et grand Conservateur des Rites non fusionnés de Memphis et de Misraïm parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Obédiences françaises, mais ne réussit pas néanmoins à unifier certains Ordres se réclamant de Memphis-Misraïm, ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issu de la filiation du Souverain Sanctuaire d’Egypte.

Il est décidé que le siège de la Grande Maîtrise Générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra, autant que possible, être francophone. En outre, en 1963, les trente-trois premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus et corrigés pour les conformer au Rite Ecossais Ancien et Accepté et faciliter les contacts avec les autres Obédiences.

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Robert Ambelain rétablit ainsi le Rite de Memphis-Misraïm, réussissant au fil des ans, et après l’avoir détaché du gnosticisme et du Martinisme, à mettre sur pied une dizaine de loges au travail remarquable.

Est-ce à dire que l’unité du rite de Memphis-Misraïm est enfin réalisée en France et à travers le monde ? Certes non.

Le 23 octobre 1965, lors d’un second convent organisé à Paris, où 22 loges égyptiennes sont déjà représentées, la décision est prise de publier les rituels des trois premiers degrés pratiqués par la grand Loge de Memphis Misraïm pour la France, ce dont se chargera Robert Ambelain. Celui-ci n’ayant que partiellement reçu les archives et les rituels de ses prédécesseurs, repris des archives datant de 1824 auxquelles Papus ne pouvait avoir eu accès, en se nourrissant d’une inspiration résolument moderne, aidé de plusieurs Frères du Souverain Sanctuaire, refondit les Rituels des Premier, Deuxième et Troisième degré spécifiques aux rites égyptiens sous le titre de : Cérémonies et rituels de la maçonnerie symbolique en 1967.  

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Il place notamment les colonnes et les colonnettes à la manière du Rite français ; il invoque la batterie : « Liberté, Egalité, Fraternité » pour créer l'espace sacré.

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Espace sacré au rite Oriental de Misraïm

En somme, il installe la Loge bleue de telle sorte que ces Rites travaillent comme des Rites Modernes, dans la juste filiation d'Anderson et dans celle de la Maçonnerie continentale, libérale et contestataire, celle qui fut autrefois appelée Maçonnerie de la main gauche. Une conclusion s'impose donc : les Rites Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm et de Misraïm ne sont plus des Rites d'inspiration judéo-chrétienne. Leur attachement à l'ancienneté n'en fait pas les défenseurs de Rome, ni des opposants à la laïcité. Car ils sont tellement anciens qu'ils en deviennent primitifs, font éclater les dogmes étriqués des religions révélées et ouvrent vers une spiritualité absolument subversive pour quiconque frémit devant le Pape et veut fixer dieu dans le désert du Moyen-Orient.

Dès 1965, Robert Ambelain avait aussi produit à l’intention des maçons de tous orients un chef d’œuvre sur la Scala philosophorumou la symbolique des outils dans l’art royal.

Le 13 février 1965, Robert Ambelain ouvre le rite aux femmes qui fondent alors une première loge d’adoption, Hathor, fermée en 1970.

Le 26 janvier 1971, une nouvelle loge féminine, Delta, d’ailleurs reconnue en 1971 par le Grand Orient de France, permettra de poser les base d’une Grande loge Féminine de Memphis-Misraïm, qui à partir du 10 février 1981, fédèrera les loges d’adoption françaises et étrangères, sous la grande Maîtrise de Julienne Bleier.

Dès lors que certaines loges égyptiennes représentées au convent de 1965 ne sont pas en territoire français, se repose inévitablement aussi la question de la Grande Maîtrise Mondiale. Cependant, Robert Ambelain n’avait pas été appelé par Henri Dupont à une autre cgarge que celle de la Grande maîtrise pour la France. Ce pourquoi les moges du Convent décident : « à l’unanimité absolue, que dans l’intérêt même du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, autant que pour souligner le principe de l’unité maçonnique universelle, une Autorité centrale soit établie au niveau des Souverains Sanctuaires nationaux, administrant les hauts grades de l’Ordre, et, en conséquence, confient à l’unanimité absolue au Très Illustre Frère Robert Ambelain les fonctions de Souverain Grand Maître Général pour l’Europe et les Etats susmentionnés et représentés au présent convent de 1965.

Cette fonction ne tardera pas à être transformée en une grande maîtrise mondiale que Robert Ambelain estime détenir de trois sources complémentaires : la charte de Grand Maître substitut à lui délivrée le 15 août 1944 par Georges Lagrèze, Grand Maître Mondial substitut depuis le convent de Bruxelles, dsix ans plus tôt ; le convent de Paris de 1965, et enfin le ralliement de trois pays d’Amérique latine : Le Chili, la Bolivie et le Pérou, demandant que la charge suprême soit réservée à la France.

Par ailleurs, se ralliant à la proposition de Robert Ambelain, le même convent de 1965 décide qu’en tous les Etats où existent au moins trois loges régulières du rite, celles-ci pourront constituer une Grand Loge Indépendante. Quant aux hauts grades, ils dépendront de Souverains sanctuaires locaux, eux-mêmes rattachés à un Souverain Sanctuaire International, qui ne tarde pas de rayonner sur de nombreux pays du Globe, au Vénézuela, en Australie, au Chili, en Centrafrique et à Madagascar où les loges du rite ne sont certes pas toujours dans la possibilité de se constituer en Grande loge. Au cours de l’année 1966, voient également le jour les Grandes Loges du Chili, de la Bolivie et de l’Argentine, qui reconnaissent Robert Ambelain pour Grand Maître général. D’autres Grandes Loges encore se forment aux pays-Bas, en Italie, au Centrafrique et à Madagascar sous le même patronage, auxquelles il faut ajouter les loges non obédientielles, notamment en grande Bretagne et au Canada ? La Suisse et la Belgique ont été les premiers à franchir le pas en se constituant en Grandes Loges.

Dès 1963, Robert Ambelain mandate Claude R. Tripet pour étudier les modalités d’une intégration de la loge Suisse qui, en réalité, n’est guère satisfaite de son grand Maître officiel. Cemme-ci obtient aussitôt son rattachement à la toute nouvelle Grande Loge Française de Memphis-Misraïm, et dans l’attente dr la fondation d’une Grande Loge Suisse, Tripet est désigné délégué général pour la Suisse. En 1965, une seconde loge suisse, qui peut s’enorgueillir de compter sur ses colonnes un anciend’Humanidad, voit le jour à l’orient de Genève, sous le titre distinctif l’Etoile Flamboyante, que préside le Frère Tripet. Enfin une troisième loge du nom d’Héliopolis, fondée à Zurich, permet aussitôt la constitution d’un Grand Loge Suisse, à la tête de laquelle Robert Ambelain place Claude R. Tripet, avec la fonction de Grand Maître.

Dès 1967, Robert Ambelain démissionne de nombreux postes internes : « Au mois de mai 1967… je décidai, en toute honnêteté de quitter et l’Eglise gnostique et l’Ordre martiniste ». Or les motifs qu’il invoque un peu plus loin sont explicites : « La circulaire d’avril 1969 [de l’Ordre martiniste de Saint Martin] déclarait imposer la croyance en la divinité de Jésus de Nazareth, et l’obligation de la récitation du ‘Pater’ pendant la chaîne d’union finale. C’était donc pour fermer le seuil de l’Ordre à tout homme de désir venu du Judaïsme, de l’Islam ou de l’indouisme, du boudhisme ou de la Pensée, libre mais croyante. Au mépris des principes édictés, le 3 août 1913, par le Grand Maître Papus, assisté du secrétaire Phaneg ».

Il est donc significatif que Robert Ambelain critique dès 1967 la direction des ordres internes de Memphis-Misraïm en invoquant la mémoire de Papus et en revendiquant un tolérantisme religieux apparemment refusé.

Rappelons qu’il existait en France une branche du seul rite de Misraïm, à laquelle était associé un Souverain Sanctuaire du rite des patriarches de Melkitzedeq et qui reste indépendante.

Une partie des Frères du Souverain Sanctuaire du rite de Misraïm pour la Belgique dirigé par Lucien François (qui avait succédé à René Barbaix, successeur lui-même de Raymond Baltus jadis charté par Constant Chevillon) non rattachés à Robert Ambelain se sont ralliés au Souverain Sanctuaire de Misraïm, représenté en Belgique par Jean Mallinger et Maurice De Seck vers 1970.

Son grand maître Maurice de Seck ayant rejoint l’Orient éternel en 1971, aurait eu pour successeur François Bruyninckx, puis René de L. qui cumule cette charge avec la Grande Maîtrise de l’une des branches de l’OHTM.

Le Grand Sanctuaire Adriatique

D’emblée, les lignées italiennes des rites égyptiens se montrent peu favorables à la Grande Maîtrise générale de Robert Ambelain. Le Comte Ottavio Ulderico Zasio dit Artephius, héritié lui-même depuis le 10 mars 1949, de la succession de Marco Egidio Allegri, dit Flamelicus, qui a fondé le Souverain Sanctuaire adriarique des rites de Misraïm et Memphis, le 16 mai 1947, revendique en effet l’indépendance et refuse par conséquent l’autorité de Robert Ambelain sur l’Europe.

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Comte Ottavio Ulderico Zasio

Le 16 février 1965, ZAsio désigne le Comte Gastone Ventura, dit Aldebaran, à sa succession en qualité de Grand Hiérophante, laquelle devient effective à la mort de Zasio, l’année suivante, à la tête du Souverain Sanctuaire adriatique de Misraïm et de Memphis, qui continue de pratiquer séparément ces deux rites.

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Gastone Ventura

Sa succession à la tête des deux ordres est revenue à sa mort en 1981 à Sebastiano Caracciolo, désigné comme Grand Hiérophante 97e degré par testament de Ventura.

Mais certains frères qui ont refusé de le reconnaître comme tel ont fondé un Souverain Sanctuaire méditerranéen de l’Ancien et Primitif rite de Misraïm dont le siège est à Palerme, sous la direction de Gaspare Cannizzo. D’autre part, certains membre Bolonais de la loge Râ, d’abord restés fidèles à Caracciolo s’en sont séparés à leur tour en décembre 1989.

En Italie, subsiste encore aujourd’hui au moins deux branches de la franc-maçonnerie égyptienne. Le Souverain Sanctuaire adriatique des rites de Misraïm et de Memphis, qui continue de pratiquer séparément ces deux rites, et le Souverain Sanctuaire du rite de Memphis-Misraïm fondé sur l’impulsion de Robert Ambelain, qui eut pour premier grand maître Francesco Brunelli, et actuellement le Frère S… Cette fédération de la franc-maçonnerie égyptienne, qui ne cesse de se constituer et de se détruire depuis qu’existent les rites dits « égyptiens » de la maçonnerie, verra-t-elle jamais le jour ?

De ce grand arbre dont les racines se perdent dans la nuit des temps, chaque branche, chaque rameau, chaque bourgeon, chaque fruit est abreuvé de sève. Peu importe, en ce cas, d’appartenir à l’une ou à l’autre branche, tant que continue d’y couler cette sève, qui fait l’unité de la franc-maçonnerie égyptienne.

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LE SUPRÊME CONSEIL

DES RITES CONFEDERES

Par Robert AMBELAIN

 

En un demi-siècle d’activité au sein des cénacles ésotériques, j’ai pu constater que, très rarement, une filiation initiatique parvenait à s’éteindre. Et lorsqu’on vient à enquêter sur une nouvelle formation, très souvent on s’aperçoit qu’elle n’est que le surgeon, abâtardi, de quelque chose de bien plus ancien. Ainsi la pensée se réincarne au long des âges, épousant les nuances que lui reposent les générations ; et tout comme le jeu des chromosomes faits parfois réapparaître un lointain aïeul dans l’enveloppe d’un de ses descendants, ainsi ce qui fut l’âme d’un aspect de cette pensée revient animer un courant idéologique que l’on imagine inédit.

Or la filiation de la franc-maçonnerie antérieure à la réforme d’Anderson et de Désaguliers ne s’est pas éteinte. Elle subsiste au sein d’un rite bien oublié, le Early Grand Scottish Rite, ou Rite Écossais Primitif, qui fut recueilli et abrité, avec deux ou trois autres, par un organisme maçonnique créé en 1845 à Édimbourg. Il s’agit du Suprême Conseil des Rites Confédérés.

Il est cité dans le Rite Écossais pour l’Écosse, à la page 106. Son auteur est R.S. Lindsay, trente-troisième, Grand Secrétaire Général du Suprême Conseil du Rites Ecossais Anciens Acceptés pour l’Écosse. L’ouvrage à l’imprimatur du Grand commandeur et des grands officiers en date du 22 juillet 1957.

Il était déjà cité dans la Cyclopoedia of Fraternities (deuxième édition, 1907, page 67), in « étude sur la franc-maçonnerie américaine » d’Arthur Preuss, un haut dignitaire de celle-ci. Aux États-Unis, il se nomme Souverain Collège des degrés maçonniques unis.

Il était cité également dans les numéros de janvier, février, septembre octobre 1909 de la revue l’Acacia, porte-parole du Grand Orient de France, au sujet de l’appartenance de René Guénon à sa branche française, sous le nom de Suprême Grand Conseil Général des Rites Unis, dit Maçonnerie Ancienne et Primitive.

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René Guénon

Et l’historien maçonnique Albert Lantoine rapporte à son tour son existence en citant la patente de ce Suprême Conseil des Rites Confédérés des États-Unis, délivrera au grand maître Jean Bricaud (Grand maître du Rite de Memphis-Misraïm) le 30 septembre 1919, pour les rites de : Cernau, Early Grand Scottish Rite, Royal Order of Scotland (ordre royal d’Écosse), et même Misraïm ! (cf. A. Lantoine: la franc-maçonnerie chez elle, page 298, édition Slatkine, Genève, 1981).

Bien avant, le Grand Maître du Grand Orient d’Allemagne, Grand Maître Mondial du Rite de Memphis-Misraïm, Théodore Reuss, avait remis en septembre 1909 une patente de ses divers rites au grand maître Gérard Encausse (Papus), grand maître de Memphis-Misraïm pour la France. Ses successeurs furent Charles Détré (Teder), Jean Bricaud, Constant Chevillon (assassiné le 26 mars 1944 par la milice de Vichy), Charles Henri Dupont et Robert Ambelain.

Le Early Grand Scottish Rite, ou Rite Écossais Primitif, est représenté par une loge et un chapitre à l’Orient de Paris, sous le vocable de Saint André d’Écosse, et qui groupent quelques maçons spécialisés dans l’histoire de la franc-maçonnerie, et appartenant à la Grande Loge Nationale Française (Bineau et Opéra) et à Memphis-Misraïm. L’un et l’autre sont fermés.

Avant la Seconde Guerre Mondiale, il existait en certain régiment d’infanterie une compagnie de traditions. En plus de l’écusson du col portant le numéro du régiment, ses officiers, sous-officiers et soldats portaient sur la manche gauche un autre écusson, avec le numéro d’un ancien régiment, dissous après la guerre précédente. En cas de conflit, cette compagnie de tradition redevenait l’unité de départ du régiment reconstitué.

( Nous avons fait l’alerte de l’automne 1938, et la guerre de 1939-1940, au 154e régiment d’infanterie de forteresse, réserve du 37e, et occupant les « intervalles » dans la forêt de Bitche. Or il s’agissait de l’ancien régiment de Turenne, avec lequel ce maréchal fit toutes ses campagnes. Souvenirs de ses origines, le 154e R.I.F. avait conservé comme marches régimentaires celle du régiment de Turenne, devenu la « Marche des Rois » de l’Arlésienne ! Et comme tous ces régiments de couverture, il avait reçu un nom en 1938 du ministère de la guerre : » Turenne-régiment des Vosges ».

C’est ainsi qu’il faut envisager l’existence de certaines loges de tradition. C’est le cas de Saint André d’Écosse. Ce ne sont nullement des « loges sauvages », mais des possibilités de renaissance.

Ce fut le cas de la loge Alexandrie d’Égypte, que nous avions constitué en 1941, cellule de la future renaissance du Rite de Memphis-Misraïm, avec des maçons appartenant aux diverses obédiences françaises, dissoutes par le gouvernement de Vichy. Ses tenues est celles de son chapitre eurent lieu à notre domicile pendant les quatre années de l’occupation allemande, avec insignes et accessoires. Et à la libération, la tenue du solstice d’hiver fut présidée par le Grand Maître de la Grande Loge de France, Michel Dumesnil de Gramont, alors rapporteur du budget du gouvernement d’Alger, est ami du général De Gaulle. Pour mieux souligner le retour aux sources, cette tenue, solennelle s’il en fut, eut lieu dans la « Cayenne » des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (union compagnonnique), rue Pavée, car les locaux maçonniques d’avant-guerre étaient inutilisables, saccagées par la milice.

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Michel Dumesnil de Gramont

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En 1982, Robert Ambelain nomme Gérard Kloppel, Substitut Grand Maître 98e degré du Rite Ancien et primitif de Memphis Misraïm.

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Gérard Kloppel

Le 22 décembre 1984, nomination de Gérard Kloppel au titre de Grand Maître Mondial du Rite de Memphis Misraïm par Robert Ambelain.

 

Paris le 22 décembre 1984 E :. V 

T :.R :. F :. Gérard Kloppel

            Grand Maître Adjoint de France

            Grand Maître Mondial Substitut du Rite

Très Respectable et Bien-Aimé Frère,

 

J’ai la satisfaction de te faire savoir que tu entreras en fonction de Grand Maître Mondial du Rite de Memphis Misraïm, Grand Maître de France, le 1er janvier 1985, à zéro heure solaire.

Par la même décision je cesserai totalement ces fonctions le lundi 31 décembre 1984, à minuit, à partir de cet instant je quitterai l’Obédience de Memphis Misraïm, que l’on m’a confiée en janvier 1941, avec les risques que cela comportait, et après quarante-sept ans d’activités maçonniques, dont cinq de clandestines.

Je conserve bien entendu l’inaliénable qualité maçonnique, ayant reçu de 1941 à 1954 tous les hauts grades de Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, et du Rite de Memphis Misraïm. Je garde la haute main, par le Suprême Conseil des Rites Confédérés, hérité en 1962, sur les Rites de Cernau et Early (Grand York, 17e s.), conféré au grand Maître BRICAUD en 1920, par le Suprême Conseil des Etats Unis. A cela s’ajoute d’être, très certainement, le seul survivant des signitaires de l’ancienne Grande Loge Ecossaise Rectifiée, fondée jadis par les TT :. Ill :. FF :. Camille Savoire et René Wibaux, Obédience dont j’ai reçu tous les degrés comme dit plus haut, avec une patente de Loge bleue ad-vitam ainsi que des documents d’archives venant du Grand Prieuré d’Helvétie et que me remit le grand Prieur Camille Savoire aux fins de probation et de durée.

Je n’ai pas l’intention de me servir de tout cela ! Mais ces documents et patentes me rappelleront l’époque où il existait encore une Maçonnerie Initiatique et sévèrement structurée. Une note annexe te fera connaître les nombreuses raisons détaillées de mon départ. Nous conviendrons d'une date pour la remise des archives restantes, ainsi que des sceaux et timbres.

Je te prie de croire, Très respectable et Bien-Aimé Frère, à mes sentiments maçonniques affectionnés.

 

             Robert Ambelain

   Grand Maître Mondial du Rite

 

Le 10 mai 1986, dans sa lettre adressée au Frère Jacques –Jean SAVE concernant son abonnement à la revue de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, Robert Ambelain attirait l’attention sur le fait que Gérard Kloppel avait été désigné, ci devant, à sa mort, (et non avant sa mort) comme son successeur à la présidence du Suprême Conseil des Rites Confédérés, sous condition de maintenir leur indépendance totale. En conséquence, Robert Ambelain pouvait à son gré user de ses prérogatives de Grand Conservateur en exercice des Rites Unis, pour donner patente à qui bon lui semble sans avoir à en référer à quiconque. A ce propos, il citait les pages 234 à 236 de son livre « La Franc-maçonnerie oubliée » (édition Robert Laffont novembre 1985), précisant notamment que la patente de ce Suprême Grand Conseil des Rites Confédérés délivré au Grand Maître Jean Bricaud (Grand Maître du Rite de Memphis-Misraïm) le 30 septembre 1919, comprenait les rites de : Cernau, Early Grand Scottish Rite, Royal Order of Scotland (Ordre Royal d’Ecosse) et Misraïm. (cf. A.Lantoine : La Franc-maçonnerie chez elle, page 298, erd.Slatkine, Genève, 1981)

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Le 29 Octobre 1984, le Grand Maître Mondial Robert Ambelain 99e degré, reconnaît l'indépendance de la Grande Loge Féminine du Rite du 1er  au 33e degré, et, dans la nuit du 31 Décembre 1984, transmet sa charge de Grand Maître « Ad Vitam » du rite de Memphis Misraïm à Gérard Kloppel, qui devient le Substitut Grand Maître Mondial 99e degré, mais il conserve la direction des Rites Confédérés. (Voir page précédente, courrier de Robert Ambelain du 10 mai 1986).

Courant 1987, le frère Gérard Kloppel reçut les transmissions de ses prédécesseurs Georges Bogé de Lagreze 98e et Charles Henry DUPONT 96e, par le Grand Maître Mondial Robert Ambelain 99e la transmission intégrale et traditionnelle de la Grande Hiérophanie. Le 10 avril 1987, en son nom propre, il dépose à l’INPI le nom de « Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm », sous le n°14022643.

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Gérard Kloppel 99e degré du rite de Memphis Misraïm

Désirant créer une Franc-Maçonnerie très axée sur la Tradition des anciens mystères, Gérard Kloppel s'entoura de Frères désireux de conserver un aspect initiatique empreint d'occultisme et de sciences sacrées. A cette fin, il privilégia le sérieux dans le travail au détriment du nombre en donnant à qui pouvait le recevoir une partie des Initiations dont il était en possession.

De 1985 à 1988, en trois années seulement la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm, doubla ses effectifs. Le souhait de trouver place parmi les grandes obédiences conduisit Gérard Kloppel à d’indispensables compromis. On assista à la multiplication des loges bleues et à une banalisation des travaux. En accord avec l'ensemble de son Souverain Sanctuaire International, il en modifia les statuts et instaura une fonction élective destinée à s'occuper exclusivement des trois premiers degrés, ainsi que du fonctionnement administratif et financier, des relations nationales et internationales avec les autres Obédiences et des signatures de Traités d'Amitiés ou conventions lui donnant ainsi une autonomie de fonctionnement. Cette fonction élective prit le nom de Grand Maître. Il était assisté d'un Collège de Grands Officiers formant l'Organe Directeur dont la constitution prenait le nom de « Grande Loge Symbolique ».  Le Président du Souverain Sanctuaire National cédait alors le qualificatif de Grand Maître au nouvel élu et seule la totalité de la pyramide initiatique restait sous son autorité et de celle des Conservateurs du Rite.

Le Président du Souverain Sanctuaire du pays concerné octroyait donc une Patente de fonctionnement, justifiant de l'abandon de son titre dès l'élection du responsable de l'Obédience. Il n'avait plus pouvoir sur les Loges travaillant aux trois premiers degrés symboliques, sous réserve de respecter le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, ses particularismes et les Grandes Constitutions et Règlements Généraux.  

Le rôle du Grand Maître élu était multiple puisqu'il devait s'occuper des tâches administratives qui étaient les siennes, entretenir des rapports étroits et fraternels avec les autres Puissances Maçonniques, signer les Traités d'Amitié avec les Obédiences amies, participer à toutes les manifestations officielles auxquelles il était convié, solidifier et développer la structure et enfin conserver l'âme du Rite en lui restant fidèle dans ses principes fondamentaux, être vigilant sur les travaux, sur les comptes financiers et sur la déontologie Maçonnique. Il devait répondre à certains critères afin d'être éligible (connaissance du Rite, ancienneté, sérieux, disponibilité...) et n'appartenir qu'au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. 

Le siège central de l'ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis‑Misraïm était de préférence à Paris ‑ France. 

Si Robert Ambelain s’était mis en retrait des rites égyptiens, c’est parce que ceux-ci lui paraissaient tomber entre les mains des antidémocrates. Ainsi, dans une lettre à Gérard Kloppel datée du 3 août 1988, il lui faisait part de ses inquiétudes de constater la présence de Frères réputés d’extrême droite gravitant autour du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Trois ans plus tard, dans une correspondance à Gérard Kloppel datée du 5 février 1991, Robert Ambelain s’indignait d’un motif beaucoup plus grave : de « voir régner en tous domaines à Memphis-Misraïm le népotisme, le favoritisme, les violations des Constitutions ». Un tel spectacle l’insupportait d’autant plus qu’il avait porté le Rite sous l’occupation allemande, à ses risques et périls : « Pendant cinquante-deux ans, j’ai servi ce Rite. Pendant les cinq années d’Occupation nazie, j’ai risqué de voir ma femme et notre fillette partir pour les camps de concentration et moi terminer ma carrière au Mont Valérien, avec d’autres fusillés. Car avoir une Loge et un Chapitre clandestin chez soi et des armes, c’était le tarif obligé. Pour tout cela, je ne puis conserver des relations avec Memphis-Misraïm ».

Comment fallait-il interpréter la conclusion de cette lettre ? Lassitude d’un homme fatigué des querelles intestines ou bien mise en garde à mot couvert de celui qui craint d’avoir repéré dans le rite une mouvance extrémiste et ne veut plus utiliser son nom comme garant à un Rite dont la dérive est contraire à l’engagement humaniste ? En tout cas, la rupture sera consommée l’année suivante lors de laquelle Robert Ambelain, contre ses engagements, décidera, dès 1992, de réveiller le Rite de Misraïm pour entraver les initiatives de Gérard Kloppel, comme s’il voulait ainsi peut-être contrer la dérive memphite du Rite de Memphis-Misraïm.

Le 15 novembre 1991, un courrier du Grand Hiérophante et Grand Maître Mondial ad-vitam de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm Robert Ambelain, adressé au Très Illustre et Sublime Frère Claude Tripet, Président du Souverain Sanctuaire Helvétique au Zénith de Genève, destituait le Très Illustre Frère Gérard Kloppel de sa fonction de Substitut Grand Maître, pour s’être rendu coupable d’actes de violations des Constitutions de l’Ordre. En foi de quoi, à son départ pour l’Orient éternel et en qualité de maçon le plus Ancien du rite, Claude Tripet devrait lui succéder en qualité de Grand Maître International du Rite de Memphis Misraïm, et à son propre départ, l’Ordre devrait rejoindre sa souche encore existante en Egypte pour se placer sous les Constitutions du suiccesseur de son Altesse Royale le Prince régent d’Egypte Mohamed Aly Tewfik.

A 72

Une dissidence s’opéra alors mais néanmoins, certains dirigeants (dont Gérard Kloppel lui-même) demeuraient de véritables " maçons opératifs ". Mais, en 1996, faisant suite à différents scandales impliquant Gérard Kloppel, les derniers Frères ayant connu l’époque Ambelain se sont retirés, soit pour rejoindre la première dissidence, soit pour tenter de se reconstruire en créant une obédience nouvelle.

D’autres Frères enfin, pour quelques-uns issus d’autres obédiences, se sont rapprochés de Robert Ambelain pour obtenir la patente nécessaire à la régularité de leurs travaux. Celui-ci s'étant déjà dépossédé de la patente de Memphis Misraïm au profit du Sublime Frère Claude Tripet à la fonction de Substitut Grand Maître du Rite de Memphis-Misraïm, leur proposa le réveil du Rite Oriental de Misraïm dont il avait conservé la charge et les Archives au sein des Rites Confédérés.

A 73

Robert Ambelain (1996)

Souverain grand Maître général des Rites Confédérés

A 74

 

Lettre adressée à Gérard Kloppel concernant le Rite de misraïm

Paris, le 13 août 1991

Mon cher GERARD,

Je répond à ta lettre de Sainte-Geneviève-des Bois du 28août 1991.

Tu as parfaitement défini ce qu’est le RITE ECOSSAIS PRIMITIF : une Obédience de tradition, sans autre ambition que d’être une veilleuse où subsiste la flamme d’une Maçonnerie très différente de la moderne.

A mon départ pour la G ;. L :. Et :., tu deviendras président du SUPREME CONSEIL DES RITES CONFEDERES. Tu hériteras ainsi du rite de CERNAU, du rite de l’ORDRE ROYAL D’ECOSSE, et du rite de MISRAÏM (qui ne figurepas sur l’en-tête, afin de ne pas soulecer de problème avec MEMPHIS-MISRAÏM.

Au sujet du Rite de MISRAÏM, il n’y a pas que celui-ci qui le comporte en héritage. Il y a des loges aux U.S.A.. En ce qui concerne la France, si on me demande une patente je la donnerai nécessairement à un groupement de trois Sages car ce sera mon devoir. Le SUPREME CONSEIL DES RITES CONFEDERES est un dépôt, mais pas un éteignoir.

Pour le RITE ECOSSAIS PRIMITIF, il ne relève plus du SUPREME CONSEIL, puisque déclaré et indépendant. En conséquence le Grand Maître du RITE de MEMPHIS-MISRAÏM n’a aucun droit à cet héritage, d’autant que la double appartenance avec lui est exclue par les Statuts.

A ma mort, si je n’ai pas choisi un successeur, les Grands Officiers en choisiront un par scrutin électif.

Crois-moi mon cher GERARD, bien fraternellement à toi.

 

R. AMBELAIN

 

Le 22 septembre 1994, sur insistance du Très Illustre Frère Patrick LETERME, membre du Suprême Conseil des Rites Confédérés Robert AMBELAIN souhaitant prochainement démissionner de la Franc-maçonnerie, lui confie sa succession, celle-ci devant être effective, selon les Statuts de l’Ordre au décès du Président nommé ad-vitam.

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A 76

Lettre de Robert Ambelain à André Pothier

Concernant sa succession à la Présidence des Rites Confédérés

 

Très Illustre etBien Aimé Frère,

J’avais, cédant à ses insistances, désigné le T :. ILL :. F :. Patrick LETERME comme mon successeur à la présidence du Suprême Conseil des Rites Confédérés, lors de mon passage à l’Or :. Et :..

Etant donné sa démission en date du 31 janvier 1995, considérant d’autre part tes décorations très méritées (Guerre, Résistance), ton passé de Conseiller Fédéral et de Grand Maître Adjoint de la GRANDE LOGE DE France, l’activité féconde que tu as manifestée au sein du RITE ECOSSAIS PRIMITIF, parallèlement à celles au sein du Suprême Conseil du RITE ECOSSAIS, je te prie de bien vouloir accepter le principe de cette succession, et de bien vouloir me faire connaître ton acceptation.

En cette attente, je te prie de bien vouloir croire, Très Illustre et Bien Aimé Frère, à mes sentiments fraternels et très affectionnés.

 

Robert AMBELAIN

 

En Février 1996, une première patente fut délivrée au Très Illustre Frère Jean Marc Font, en qualité de Substitut Grand Maître (ad-vitam) du rite de Misraïm. Cependant, après quelques mois, le 25 mai 1996, en son domicile parisien, le Grand Conservateur et Président des Rites Confédérés Robert Ambelain, déclara annuler la patente antérieurement confiée au Très Illustre Frère Jean Marc Font et lui substitua une nouvelle patente, cette fois au nom du Rite « Oriental » de Misraïm, au Très Illustre Frère Robert Mingam (90e de ce Rite), en qualité de Grand Conservateur.

Cette décision fut prise par Robert Ambelain, faisant suite au projet de constitution de Rites Confédérés dits « de France » par le Frère Patrick Leterme, qui s’était attribué frauduleusement toutes ses patentes en les photocopiant en couleur, et qui avait convaincu le Très Illustre frère Jean Marc Font de lui remettre en dépôt la patente du Rite de Misraïm.

C’est donc arbitrairement, et sans consultation du Suprême Conseil en formation, que ce dernier avait envisagé de céder ses archives (voir courrier du 6 mars 1997 de Robert Ambelain à Robert Mingam).

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Diplôme du 90e degré (Patriarche, Sublime Maître du Grand Œuvre)

Grand Conservateur de l’ordre

 

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Annulation de la Patente délivrée à Jean Marc FONT

 

Nous soussigné, considérant que :

Une patente de réveil du RITE DE MISRAÏM a été confiée au T :.Ill :.F :. Jean-Marc FONT, avec les pouvoirs y afférents et la charge de Grand Maître du dit RITE de MISRAÏM,

Que le dit F :. Jean-Marc FONT a, sans contrainte d’aucune sorte et par amitié, remis cette Patente au T :. Ill :. F :. Patrick LETERME, à la demande de celui-ci, sans que rien ne justifie ce dépôt,

Que le dit F :. Patrick LETERME, démissionnaire depuis janvier 1996 de toutes nos organisations, n’appartenant à aucune obédience Maçonnique officiellement connue, n’est donc pas qualifié pour se prétendre ainsi détenteur magistral du RITE de MISRAÎM,

Déclarons annuler la Patente antérieurement confiée au T :. Ill :. F :. Jean-Marc FONT, et lui substituer par les présentes une nouvelle Patente au nom du T :. Ill :. F :. Robert MINGAM, lequel s’est engagé par devers nous le 25 mai 1996, à en assumer toutes les charges et fonctions en vue du réveil du dit RITE de MISRAÏM

 

Donné en notre temple de Paris, ce 25e jour de mai 1996  E :. V :.

 

Signé Robert Ambelain

 

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Courrier de Robert Ambelain à Robert Mingam

 

 

R. Ambelain                                                                                                                                     Paris le 6 mars 1997

5 rue Rubens                                                             

75013 Paris

T :.Ill :.F :. Robert Mingam

15 Bd du Palais  75004 Paris

 

Très cher et bien-aimé Frère

J’ai bien reçu ta lettre du 25 écoulé.

Il est certain qu’emporté par l’affection Fraternelle et mon indulgence native, j’ai commis des erreurs d’appréciation au cours de ma carrière maçonnique. L’affaire Leterme en est un exemple, hélas !

Mais à 90 ans, je ne puis enfourcher un cheval de bataille et tenter de ramener de l’ordre en ce domaine. Vous avez le nombre et la légitimité, Misraïm peut vivre, grâce à vous, continuer sur sa lancée et prospérer. Il vous suffit de décider de faire le ménage !

Leterme avait réussi à se faire remettre la patente confiée à Font. Cela est connu. Pour que je puisse donner des précisions, il me faudrait compulser tout un lot d’archives, et je n’en ai nulle envie…

Je vous conseille donc de considérer Leterme comme un ambitieux maladif, comme il en est tant en nos milieux, hélas, et négliger tout ce qu’il s’attribue. Il avait tenu jadis à photocopier en couleur toutes mes patentes. Cela ne lui donne aucun droit sur ce qu’elles représentent bien entendu. Mais…

Je te prie de croire, très cher et bien aimé frère, à mes sentiments les plus fraternels

 

Signature de Robert Ambelain

 

* Leterme est né à Bordeaux, le 15 juillet 1946, à 10h30 (9h30 au soleil)- Le thème astrologique parle … 

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Robert Ambelain Septembre 1996

Le 10 avril 1997, soit un mois avant son décès, Patrick Leterme et Jean-Marc Font se sont rendus chez le Très Illustre Frère Robert Ambelain (très diminué à cette époque) pour lui faire signer sous la contrainte, un texte préalablement préparé, les réhabilitants dans leurs titres, charges et fonctions, sous la menace d’absurdes sanctions judiciaires pour le cas où il ne tiendrait pas les engagement souhaités par eux. Cette visite filmée par leurs soins montre la faiblesse de notre Frère Robert qui souhaitant vivre en paix le reste de ses derniers jours a accepté de signer ce document présenté à la caméra (voir vidéo sur le site). Cette séquence filmée est actuellement visible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=1-MPuVkdZ_o=, le texte étant le suivant :

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Image tirée de la vidéo de Patrick Leterme et Jean-Marc Font

 Ob 63ae12 dossier robert ambelain kloppel012

Ob 161c74 dossier robert ambelain kloppel011

 

Dans le point 4, Patrick Leterme affirme n’avoir jamais procédé à aucun détournement de titres, fonctions ou patentes. Ce qui est exact, car lorsqu’il a voulu créer le Suprême Conseil des Rites Confédérés de France en y incluant la patente de Misraïm détenue par Jean-Marc Font, la réaction des membres de Misraïm l’en ont empêché.

Dans le point 6, Robert Ambelain confirme avoir adressé sa lettre du 6 mars 1997 à Robert Mingam sans préciser que celle-ci, intéressant tous les membres de Misraïm et leur réaffirmant leur légitimité, pouvait  être confidentielle.

En conclusion, Patrick Leterme et Jean-Marc Font menacent Robert Ambelain de sanctions judiciaires sous réserve de non respect de leur désidérata.

Ob 49faab dossier robert ambelain kloppel007

Humilié par la scène qu’il venait de vivre, craignant les menaces formulées par Patrick Leterme, le Très Illustre Frère Robert Ambelain n’a plus voulu correspondre avec qui que ce soit jusqu’au 19 mai 1997, où, en son domicile parisien, assuré de ne pas contrevenir à la promesse qui lui avait été imposé, es-qualité de Président du Suprême Conseil de Rites Confédérés, il délivrait patente du Rite Oriental de Misraïm au Très Illustre Frère Robert Mingam, 33e, 66e, 90e et dernier degré du Rite.

A 82

 

Le 27 mai 1997, à l’âge de 89 ans Robert Ambelain décède.

Le rite de Misraïm réveillé par Robert Ambelain n’a pas tardé à éclater en deux branches concurrentes : La Grande loge de Misraïm avec Jean Marc Font comme Grand Maître, et qui a aussitôt disparue du paysage maçonnique, et la Grande Loge Française de Misraïm fondée sous patente de Robert Mingam dont André Jacques fut le premier Grand Maître et qui aujourd’hui fait autorité.

Bien que destitué de la Présidence du Suprême Conseil des Rites Confédérés pour la France et ses dépendances par décision du 15 novembre 1991, Gérard Kloppel s’en tient à sa précédente nomination du 4 juillet 1985 et (sous condition d’avoir été rétabli dans ses fonctions de Substitut Grand Maître, dont nous n’avons trouvé nulle trace), en prend officiellement la fonction.

Il est difficile de savoir objectivement si Gérard Kloppel fut l’instrument conscient ou inconscient de forces réactionnaires qui ont existé réellement autour de lui. Un article de presse (« le Vrai visage des sociétés secrètes », dans L’Evènement du Jeudi, n° 470, 4-10 novembre 1993, pp. 45 sq.) a prétendu faire la lumière sur cela. Il y fut fait mention d’une réunion du Groupe de Thèbes, où, aux côtés de Gérard Kloppel, venu ès qualités de Grand Maître Mondial du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, on trouvait « de vieux routiers de l’extrême-droite, un ancien des Brigades Rouges, un autonomiste corse, un respectable professeur d’université italien très lié à la fois au Vatican et aux intégristes français… un intellectuel belge proche des nationaux-bolchéviques, les « rouge-bruns » russes, un sympathisant du professeur négationniste Faurisson ». On notera deux choses. Gér     ard Kloppel n’a pas utilisé son droit de réponse dans le journal. Il n’a pas publié de démenti non plus dans le bulletin interne de l’ordre.

En Janvier 1998, pour son appartenance au groupe d’extrême droite Thèbes, où il se présentait en qualité de Grand Maître de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm, et membre de l’OICTS (Ordre International Chevaleresque de Tradition Solaire), Gérard Kloppel sera renversé par une révolution de palais fomentée par son collège de grands Officiers, sous l’autorité du Président du Conseil National Georges Claude Vieilledent. Le 05 mai 1998, par décret au Zénith de Coustelet, Gérard Kloppel se retire et nomme à sa succession Cheickna Sylla, Substitut Grand Maître Mondial du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (99e dans la lignée de Robert Ambelain) 5998 EVL à minuit.

Quelques loges restèrent fidèles à la Grande Loge française de Memphis-Misraïm, désormais dirigée par Cheickna Sylla. Cette même année, le 24 janvier 1998, fut créée la « Grande Loge Symbolique de France » par le Frère Georges Claude Vieilledent (ex. Président du Conseil National de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm) et d’un petit nombre de Frères, en désaccord avec l’esprit initial de Memphis Misraïm, mais désireux de continuer d’utiliser son rite. Ils formèrent cette nouvelle obédience dite laïque, républicaine et démocratique, considérant l’occultisme comme une littérature indigeste, confuse, laborieuse et infatuée, qui n’avait réussi qu’à mettre un peu plus de fumée dans des cervelles déjà bien échauffées par le théosophisme.

Dans ce même état d’esprit, un dernier groupe de loges intégra le Grand Orient de France qui, pour saisir l’opportunité, accepta en 1999 la création de loges de Rite Egyptien en son sein.

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Nomination de Cheickna Sylla à la fonction de

Substitut Grand Maître Mondial du Rite Ancien et Primitif

de Memphis Misraïm

Pour accueillir les Rites égyptiens, le Grand Orient de France crée le Grand Ordre Egyptien dans le but de les affaiblir et de les accaparer, alors qu’il est tout à fait incompétent dans ce domaine, que ce soit sur le plan historique, juridique ou, surtout initiatique. Le simple fait d’avoir choisi une échelle de 33 degrés au lieu de l’échelle traditionnelle symbolise l’inanité de ce projet. Nombre de Frères égyptiens, souvent naïfs, parfois complices, furent piégés par le miroir aux alouettes mis en place avec intelligence par le Grand Orient de France. Nombre de ceux qui contribuèrent à cette supercherie eurent à le regretter, écartés dès qu’ils ne présentèrent plus d’utilité pour les desseins hégémoniques du Grand Orient.

Dès 1998, le Conseil de l’Ordre annonçait que « sa déclaration de principe :  Inclura en outre le refus des postes ad vitam, les grades secrets, les pratiques occultes, les liens d’influence avec des structures non maçonniques, et des obligations religieuses… »

 Par cette phrase, le Grand Orient de France venait donc de s’interdire le respect des principes, l’accès à la nature et la pratique des Arcana Arcanorum, c’est-à-dire des trois ou quatre degrés terminaux, selon les cas, de l’Echelle de Naples, qui constituent le rite de Misraïm proprement dit.

Dans une lettre en date du 5 mai 1999, adressée aux Grands Conservateurs du Rite de Memphis Misraïm, Kloppel condamnait : « des dérives…avec des conséquences graves au niveau de notre ordre : la multiplication d’Obédiences, 28 actuellement, les passages de grades, sans aucun respect des Constitutions, sans formation des Frères, voire avec des Rituels autres que ceux de Memphis-Misraïm, nomination des Frères aux plus hauts degrés sans aucun respect des règlements et de la Tradition. »

Puis, le 2 mars 2000, par lettre envoyée à tous les Très Sublimes Frères, 95e du rite, Kloppel écrivait qu’il ne pouvait plus : « cautionner tout ce qui a pu se passer en termes d’irrégularités, de non-respect des Constitutions…, notamment la réintégration sans mon avis, de Frères exclus à vie et le fait que Memphis-Misraïm est devenu la risée justifiée des autres Obédiences, qui furent, durant plus de trente ans, amies. »

En conséquence, comme l’avait fait précédemment le Grand Maître de France, Henri-Charles Dupont qui avait repris la Grande Maîtrise transmise au Très Illustre Frère Pierre Debeauvais, Gérard Kloppel agissant comme Grand Hiérophante International, révoqua Cheickna Sylla de sa fonction de Substitut Grand Maître Mondial et lui reprit la Grande Maîtrise, qu’il lui avait lui-même conférée. Il est à noter que la Grande Hiérophanie « ad-vitam » transmise à Gérard Kloppel du vivant de Robert Ambelain, (sous réserve de réintégration dans ses fonctions) était devenue active au décès de son prédécesseur, le 27 mai 1997. En conséquence, de son vivant, Gérard Kloppel pouvait toujours en disposer et révoquer Cheickna Sylla.

Pour avoir eu le temps de réfléchir, loin de la meute qui le tourmentait, et d’assister impuissant à la dé-spiritualisation du Rite, l’ancien Grand Maître alla beaucoup plus loin aboutissant à la conclusion suivante : « …un Grand Maître International n’a plus sa raison d’être. » Il propose alors de le remplacer par de « petits groupes d’Adeptes, mieux aptes à favoriser la nouvelle évolution, tâche essentielle pour toute Maçonnerie qui se veut authentiquement spiritualiste.»

Cette proposition méritait examen, d’autant que Robert Ambelain, en qualité de Président et Grand Conservateur des Rites Confédérés l’avait précédé dans cette voie, en délivrant patente le 25 mai 1996 pour le réveil du Rite Oriental de Misraïm. Cependant, sous l’autorité de Gérard Kloppel ayant transmis sa charge, mais étant toujours vivant, il n’existait pas de forum pour le suivre, et nombre des Grands Conservateurs de l’Ordre ont préféré prendre leurs distances en attendant la fin de l’ouragan. Aussi d’exclusions en exclusions, de dérives en dérives, le Rite de Memphis-Misraïm dévala la pente, sans direction et sans frein…

Le 12 mai 2006, bien que destitué de sa fonction de Substitut Grand Maître Mondial du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Cheickna Sylla nomme à sa succession par Décret Magistral, le Très Sublime Frère Willy Raemakers, et mande tous les Grands Conservateurs, 95e degré du Rite, Membres des Souverains Sanctuaires Nationaux et Souverain Sanctuaire International, de lui apporter tous appuis et assistances qui seront nécessaires (voir page suivante).

Le 21 juillet 2007, Gérard Kloppel nomme à sa succession Joseph Castelli, Grand Maître Internationel 97e et le charge de finaliser la restauration et le suivi de l’Ordre des Rites Unis de Memphis et Misraïm.

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Gérard Kloppel et Joseph Castelli

Le 11 aout 2008 eut lieu la passation de pouvoirs entre le Très Sublime Frère Gérard Kloppel et le Très Sublime Frère Joseph Castelli. Cependant, Frère Gérard KLOPPEL y prévoyait de rester jusqu'à son passage à l’orient éternel, Grand Hiérophante ad-vitam du rite.

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Décret magistral de passation de pouvoir

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Cependant, les différents problèmes de succession concernant le Rite Ancien et primitif de Memphis-Misraïm n’affectent en rien la régularité de la patente de Misraïm délivrée le 25 mai 1996 par Robert Ambelain, Président des Rites Confédérés et grand Conservateur des Rites non fusionnés de Memphis et de Misraïm à l’Illustre Frère Robert Mingam. Celle-ci ne peut être contestée par quiconque des prétendus Grands Maîtres Présidents des Rites Confédérés, puisqu’elle fut délivrée antérieurement à leur propre nomination. Pourtant, Joseph Castelli dans son « Livre Jaune n°7 » édité en 2014 s’autorise à penser qu’il serait le seul à posséder les patentes légales des Rites égyptiens de Memphis et de Misraïm en sa qualité de Grand Maître Président des Rites Confédérés.

Il précise notamment, concernant la Grande Loge Française de Misraïm, « que celle-ci a été créée par le Frère André Jacques en 1993, et que celui-ci a fait croire à tous qu’il détenait une patente du Rite de Misraïm octroyée par le T :.S :.F :. Robert Ambelain ». Il poursuit en disant : « En réalité cette Obédience ne détient aucune Patente légale du Rite de Misraïm à ce jour en provenance du Suprême Conseil des Rites Confédérés ou de l’Ordre des Rites Unis de memphis-Misraïm. Leur site internet, précise qu’ils détiennent la Filiation : Yarker – Reuss – Bricaud – Chevillon. Cela constitue un Délit de Contrefaçon Intellectuelle sur le Rite de Misraïm et de Memphis-Misraïm. Siege social : 21 rue Cugnot 75018 Paris. Le G:.M:.est Michel de BOULAIS ».

Joseph Castelli dont la filiation est discutable (il succède à Gérard Kloppel qui fut destitué de ses fonctions par Robert Ambelain le 15 novembre 1991, et remplacé par le Grand Maître International du Rite de Memphis-Misraïm Claude Tripet) n’a vraisemblablement pas cherché à vérifier la patente qui fut délivrée en son temps à André Jacques, co-fondateur et premier Grand Maître de la Grande Loge Française de Misraïm. Dans l’éventualité où Joseph Castelli serait en mesure de présenter un document rétablissant Gérard Kloppel dans ses fonctions, il ne pourrait se prétendre seul détenteur du Rite de Misraïm puisque cette patente est antérieure à sa prise de fonction.

Concernant la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis, il précise également : «  La Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis ne détient aucune Patente légale des Rites de Memphis, de Misraïm, de Memphis-Misraïm et du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm à ce jour en provenance de l’Ordre des Rites Unis de Memphis & Misraïm. Cela constitue un Délit de Contrefaçon Intellectuelle sur les Rites de Memphis, de Misraïm, et du Rite de Memphis-Misraïm. Association : FÉDÉRATION GLISRU – N° d'annonce : 1228 – Paru le : 26 février 2005 – N° de parution : 20050009 – Département (Région) : Paris (Île-de-France) – Lieu parution : Déclaration à la préfecture de police. – Siège social 83, rue du Faubourg-Saint-Martin, 75010 Paris. Date de la déclaration : 20 janvier 2005. »

En septembre 2000, la Loge Hatshepsout travaillant régulièrement au Rite de Misraïm sous patente du Très Illustre Frère Robert Ambelain, (concédée par le Grand Conservateur 90e degré du Rite, Robert Mingam), a souhaité se faire affilier à la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis. A cette époque, le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm avait déjà été introduit par le Frère Jacques Cousin, vraisemblablement dépositaire d’une patente délivrée par Joseph TSANG MANG KIN, 97° degré fondateur du Souverain Sanctuaire de l’Océan Indien sous l’autorité du Très Illustre Frère Michel Kieffer, lui-même proclamé Grand hiérophante pour la France par le Très Sublime Frère Cheickna Sylla lors de son court passage à la Grande Maîtrise du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

Joseph Castelli conteste la légalité de toutes les patentes qui furent transmises avant sa prise de fonction en qualité de Grand Maître du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm et de Président des Rites Confédérés. Cependant, il oublie volontairement de révéler que lui-même a été élu illégalement et que sa légitimité est soumise à caution.

La Franc-maçonnerie égyptienne n’a que faire de ces pseudos Grands Maîtres qui l’instrumentalisent et s’en approprie pour en faire leurs fonds de commerce.

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LE RITE ORIENTAL DE MISRAÏM

AU 21e SIECLE

 

Jusqu’au décès du Grand Conservateur et Président des Rites Confédérés Robert Ambelain, les Rites égyptiens étaient dirigés par un Grand Hiérophante, fonction qui avait un caractère spécifiquement égyptien, et que l’on ne rencontre dans aucune autre Grande-Maîtrise maçonnique. Il en était ainsi généralement, pour le Rite de Misraïm et pour le Rite de Memphis, où la continuité initiatique était également assurée pour l’Ancien et Primitif Rite Oriental de Misraïm en la personne du Souverain Grand Hiérophante Général, Suprême Conservateur de l’Ordre et du Rite, qui était nommé à vie et qui, avant de passer à la Grande Pyramide Eternelle, s’occupait de la passation des fonctions avec volonté testamentaire en faveur d’un Grand Conservateur. Ainsi le Souverain Grand Hiérophante Général assurait la continuité, même si le Rite dans ses corps inférieurs, et parfois dans ses corps supérieurs, était mis en sommeil. Ce n’était que lorsque le Rite était en sommeil dans toutes ses Chambres et que le Suprême Grand Conservateur mourait sans testament qu’un Grand Conservateur pouvait s’activer pour rouvrir le Rite.

A l’origine, le Rite était organisé comme une grande pyramide, au sommet visible de laquelle se trouvait le Souverain Hiérophante général, tandis qu’au sommet invisible se trouvait le Sublime Architecte des Mondes, dont la présence rendait les travaux sacrés. Cette présence, sentie par tous, était invoquée pour qu’elle intervienne dans la direction des travaux eux-mêmes en harmonie avec le principe que la lumière vient d’en haut. Toujours en harmonie avec le principe selon lequel la remontée doit se faire du bas vers le haut par stades successifs de conscience, le Rite se développait en plusieurs niveaux organisés comme des petites pyramides l’une dans l’autre, dont le sommet était investi des fonctions correspondantes par le sommet visible de tout l’organisme, unique détenteur de la « virtus ».

Le niveau le plus bas, appelé zone du premier travail, comprenait les chambres de l`apprenti, du compagnon et celui du maître. Suite à l`acte de la chute de l’homme et du manque de virilité spirituelle qui s’ensuivait, carence qui l’avait entraîné jusqu’aux niveaux les plus bas du devenir, et après avoir considéré de ce fait la nécessité de reporter l’homme au centre de la croix horizontale - dans la zone du premier travail- était en cours de réalisation, une opération tendant à reconstituer l’homme dans toutes ses composantes par la transmutation de la personnalité profane et chaotique en personnalité ordonnée et harmonieuse. Donc, Il s’agissait de la construction du Temple intérieur, qui permettrait, et même aménagerait pour le réveil de l’état de conscience accrue avec la remise en valeur de la fides (fidélité - loyauté - honneur - courage - contrôle de soi - mesure etc.).

Ce travail était dit symbolique en ce sens que les trois premières chambres étaient vouées à l’étude de la tradition, à la formation de la mentalité traditionnelle, à la méditation sur les symboles, aux petits travaux effectués dans le but de rectifier tout ce qu’en nous, nous reconnaissions comme des distorsions.

L’initiation dans les chambres était seulement un reflet, une représentation, de la véritable initiation que chacun devait opérer sur soi-même dans les chambres successives. Les travaux opérés dans les trois premières chambres continuaient dans les chambres supérieures, dites Philosophiques, dans lesquelles on étudiait les traditions occidentales, et tout particulièrement la tradition hermético-alchimique, la Kabbala et les mythes, surtout les mythes égyptiens.

Il s’agissait d’un travail qui avait comme but la perfection et la consolidation de l`apprentissage complété aux chambres initiales, en préparant l’homme à se connaître lui-même ultérieurement et à savoir affronter les épreuves qui peu à peu se transformeront d’épreuves symboliques en épreuves réelles. Une fois terminé le travail dans les chambres dites Philosophiques, l’homme était prêt pour le travail effectif dans les chambres de sommet.

C’est ainsi qu’en qualité de Souverain Grand Hiérophante général, Suprême Conservateur de l’ordre et du Rite de Misraïm, en sommeil depuis 1939, Robert Ambelain put réactiver ce Rite en le confiant à des Frères désireux de le faire vivre à nouveau. Au décès de celui-ci, le pouvoir de transmission était donc assuré par le Souverain Grand Conservateur nommé par son Grand Hiérophante. Cependant, le Rite de Misraïm ayant perdu sa notion d'Ordre maçonnique, il convenait éventuellement de recréer un suprême Conseil, et de l’instituer dans un Souverain Sanctuaire de Rites égyptiens.

S’il est incontestable (sous réserve que celui-ci ait retrouvé ses prérogatives) qu’au décès du très Illustre Frère Gérard Kloppel, la présidence des Rites Confédérés soit légitimement revenue au Très Illustre Frère Joseph Castelli, et qu’en conséquence il lui appartient d’activer et d’administrer si bon lui semble le Rite de Misraïm au sein de sa propre administration, il ne peut pour autant se réclamer seul dépositaire de ce Rite, puisque celui-ci avait déjà été réactivé, notamment au sein de la Grande Loge Française de Misraïm, qui en son temps avait reçu en dépôt une Patente délivré par deux de ses Grands Conservateurs, à savoir Robert Mingam, détenteur de la Patente initiale, et André Jacques, premier Grand Maître de cette nouvelle obédience.

Les crises qui ont secoué les Rites égyptiens dans la décennie des années 1990 ont montré que la franc-maçonnerie, en continuant à se morceler en petites obédiences, entretenait la confusion entre Rite et Obédiences, mettant en exergue les ambitions de pouvoir attachées à leurs fonctions administratives. A croire que ces rites importés par la juiverie provençale sont amalgamés au destin de ce peuple qui, tout au long de son histoire fut continuellement persécuté.

La rareté des renseignements sur les rites égyptiens laisse aujourd’hui les mains libres aux profiteurs et aux faux prophètes et, de ce fait, les filiations des nombreux groupes qui se réclament de Misraïm, voir de Memphis Misraïm, où se déclarent possesseurs plus ou moins légitimes d’un droit de réveil, oublient certaines statuts et certains rituels, soit parce qu’ils ne possèdent pas l’ensemble des statuts et des rituels originels, soit pour d’autres motifs ; quand ils ne se substituent pas délibérément aux rituels authentiques les rituels d’un autre rite plus commun ou plus connu (qui selon eux respectent la tradition) ou n’inventent pas de pseudo rituel « égyptien » ou « orientaux » des trois premiers degrés - ceci contre toute règle maçonnique, car les rituels des trois premiers degrés de tous les rites sont les mêmes, sauf quelques petites et insignifiantes variantes, pour tous les maçons du monde.

 Il n’y a pas de filiation unique en maçonnerie. C’est ce qui fait sa richesse et son attractivité. Ses diverses filiations se réfèrent à des traditions plus ou moins lointaines ancrées dans la conscience collective des peuples, que certains tendent à nommer « la tradition Primordiale ». Cette Tradition sur laquelle se souchent les francs-maçons pourrait être symbolisée par un arbre gigantesque dont les racines se perdent dans la nuit des temps, et dont le tronc s’orne de multiples branches dont chacune d’elles y puise sa sève, rameau vivant possédant sa force et sa vigueur.

L’octroi d’une Patente historique certifiée par son dernier détenteur à un Frère (ou une Sœur) en capacité de la faire prospérer est un acte grave de transmission initiatique. La responsabilité de celui (ou de celle) qui la reçoit est engagée pour les siècles à venir. Aussi doit-il (doit-elle) en préserver l’esprit et la lettre, en diffuser les arcanes avec circonspection et préparer son devenir en prévoyant par avance sa propre succession. Il ne suffit pas de la posséder, rangée dans un tiroir poussiéreux avec d’autres Patentes de Rites oubliés, mais de se la réapproprier, de la faire vivre à nouveau, comme au temps de son ancienne grandeur. C’est le but que s’était fixé le regretté Grand Maître des Rites Confédérés Robert Ambelain en délivrant, peu avant son passage à l’Orient Eternel, la Patente du Rite Oriental de Misraïm à qui s’en montrait digne et responsable.

Aujourd’hui, nombre d’obédiences sont à la recherche de légitimité, faute de pouvoir attester des pouvoirs qu’ils se sont octroyés. La régularité en maçonnerie n’est pas nécessairement de se conformer aux règlements administratifs d’une obédience, fut-elle auto-proclamée internationale, mais de respecter les valeurs édictées par ses règles morales. Aussi se suffit-il de consulter les grandes Constitutions et les Règlements Généraux de ces Grandes Institutions pour y déplorer parfois l’absence des fondamentaux historiques au profit de prébendes et d’honneurs hiérarchiques propres à flatter les égos.

En 1996, faisant suite à l’installation de trois Loges symboliques (Le Scarabée d’or, le Sphinx et Imhotep) ayant reçu patente dûment certifiée du Souverain Grand Conservateur du Rite, s’organisèrent en Obédience, conformément aux traditions des Ordre maçonniques, sous le titre distinctif de « Grande Loge Française de Misraïm ». Cependant, les Grands appareils que sont les Obédiences Françaises et Européennes, se refusant d'accorder leur reconnaissance à quiconque n'a pas acquis une certaine notoriété, des Sœurs et des Frères régulièrement initiés dans ses Loges, ayant constaté de grandes difficultés à se faire reconnaître, furent contraints de se faire affilier dans l’une de ces Grandes Loges. C'est pourquoi aujourd’hui, des Loges Misraïmites travaillent sous les Auspices de la GLISRU (Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis).

D’autres encore se sont réclamés de filiations antérieures à celle de Robert Ambelain pour tenter l’aventure. Grand bien leur fasse, car des racines et du tronc commun issus de l’ancienne Egypte, peuvent naître des rameaux porteurs de beaux fruits.

Qu’importe aujourd’hui que de nouvelles obédiences voient le jour, se réclamant de cette Patente qu’ils ne possèdent vraisemblablement pas, si elles travaillent en stricte observance des règles fondatrices. En 1978, ses Rituels ont été publiés aux éditions Laffont sous le titre « Cérémonie et rituels de la Maçonnerie Symbolique » et réédité en 1988 sous le titre « Franc-maçonnerie d’autrefois, cérémonies et rituels des rites de Misraïm et de Memphis ». Cette diffusion n’est pas spécifique aux rites égyptiens car on peut également trouver sur tous les rayons les librairies ésotériques, les rituels correspondants aux autres rites tels que « le Rite Ecossais Ancien Accepté REAA » etc…

Dans les dernières années de sa vie, Robert Ambelain s’était exprimé contre la hiérophanie et pour la gestion administrative et démocratique des rites égyptiens, réintroduisant la liberté de la Loge et des Frères, évitant le parasitage d’une hiérarchie de « droit divin » qui confondrait le spirituel et le temporel.

Le rite pratiqué sincèrement, dans un cadre permettant d'aborder en toute quiétude la formation maçonnique, philosophique et morale, ne nécessite pas de hiérarchie ésotérique qui vient décider ce qui est bien ou mal pour les Frères. Quant à l'approche du sacré, au développement de cette sensibilité et à l'ouverture à ces champs de conscience, la pratique du rite, sa force évocatoire, poétique et son symbolisme y pourvoient. La philosophie du rite égyptien et l'expression de ses spécificités ne peut certainement se manifester qu'en le détachant d'une identification sclérosée à une obédience mono-rituelle qui l'étoufferait et l'empêcherait de révéler sa richesse. Un peu à l'image d'une statue tombée au fond de la mer et recouverte peu à peu de concrétions, il fallait que le rite soit dégagé, mis en lumière comme une riche et ancienne composante de la franc-maçonnerie de tradition. Son réveil au sein de la Grande Loge Française de Misraïm et notamment de la Grande Loge Indépendante des Rites Unis offre une nouvelle possibilité à ceux qui veulent pratiquer une véritable maçonnerie adogmatique, impliquée dans ce monde et prenant en compte l'être humain dans toute sa complexité et ses Mystères…

 

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